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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 16:43

Encore un titre ridicule. On nous parle du canal de Suez et de son recalibrage, qui est une arme contre le terrorisme. Nous dit on.

Bien entendu, on ne dit pas un mot de ce qui était commun dans les années 1970 en sciences économique. La croissance, ce n'est pas forcément un progrès, si la répartition est inégale.

Techniquement, le chantier, qui devait durer 3 ans, n'en a duré qu'un. La percée initiale avait duré 10 ans, pour Panama, 34 ans.

Il faut dire que les conditions n'étaient pas les mêmes. Panama est en zone humide tropicale, avec un terrain argileux, montagneux ravagé par la fièvre jaune et le paludisme. Suez, c'est plutôt plat et désertique.

Ces deux chantiers furent bâtis sur des montagnes d'ossements, 100 000 dit on pour Suez, pour Panama, le décompte est tellement délirant qu'on n'ose même pas le faire. Des décomptes partiels donnent une idée du massacre. Les français, surtout des antillais, furent 20 000 à y laisser leurs bottes.

Toute la caraïbe affluait, attiré par des salaires sans équivalents. Mais la vie y était courte, comme je l'ai dit, Paludisme, fièvre jaune, variole, vérole, serpents, alcool, accidents du travail, opium, et aussi son absence, les chinois engagés se suicidant en masse quand ils en manquaient, meurtres...

Il fallait un flux constant de chair humaine, pour maintenir les effectifs, sans arriver, souvent, à maintenir la force de travail. Comme les jeunes appelés de 1914-1918, ils avaient seulement le temps d'arriver et de mourir.

On peut largement penser à plus d'un million de morts. La période américaine fut plus économe en vies humaines. Ils épandirent du pétrole sur les grandes étendues d'eau, chose que les moustiques n'apprécièrent pas du tout, et on connaissait mieux la fièvre jaune à cette époque. Et on commença par le commencement, l'éradication de la fièvre jaune et du paludisme.


Bien entendu, c'était une autre époque, et les accidents du travail, si courants, qu'ils tuaient plus que les guerres.

Mais il y a des chose qui n'ont pas changé. Les malades étaient virés avant de mourir, et la compagnie du canal n'était pas responsable des sous-traitants, tout aussi susceptible de mourir de ces maladies.

Pour la seule fièvre jaune, le taux de mortalité des 2/3 était courant. Certains ouvriers étaient réputés "ne rien valoir", comme les jamaïcains, mais avaient l'avantage d'arriver immunisés.

Bref, on veut oublier que ces grandes aventures capitalistes, dans un cas comme dans l'autre, ont été bâtis sur des montagnes d'ossements.

Et comme je l'ai dit, si l'on est à peu près sûr du bilan humain à Suez (100 000 morts), à Panama, c'est plus incertain.

Pour la voie de chemin de fer (1850), on a une idée plus précise des pertes humaines, ou plutôt du taux de survie : 1/60. Et une fourchette de 5 000 à 10 000 morts, et le chantier fut vraiment minuscule (8 millions de $), comparé au chantier français (300) et américain.

Voilà pour planter le décor. Mais la "croissance", eût lieu surtout pendant la période où l'on creusa, les hauts salaires, le matériel arrivait dans des pays misérables, et où l'on vivait, ou végétaient plutôt, de très peu.

Pour le futur, rien n'indique que ce recalibrage de Suez, comme le recalibrage de Panama apporte un sou de plus. Bien sûr, les gabarits accueillis pourront être plus importants. Mais cela changera t'il vraiment la donne ? SI les navires sont plus gros, il peut très bien beaucoup moins en passer, et surtout, il n'existe aucune chance que le trafic pétrolier redémarre.

De plus en plus, la production locale de pétrole est auto-absorbée. Et les échanges internationaux en baisse. Et pour les excités de la mondialisation, le trafic maritime, ce n'est pas assez rapide.

Rien n'indique que ces adaptations des canaux célèbres soient autre chose qu'une dispute des parts de marchés. Et une tentative de l'accroitre, sans changer rien au rendement final.

Il faut dire que Panama et l'Egypte, sans leurs canaux, seraient en grandes difficultés. Mais Sissi a été habile. Il a fait appel à des capitaux egyptiens.

Pour rappeler l'histoire, la fin du 19° siècle fut une période de dépression démographique aux caraïbes. Sans doute parce que toute la population y fut littéralement "aspirée", par le canal.

Hommes travaillant au canal, femmes y travaillant à l'horizontale. Les prostituées étaient aussi nombreuses que les hommes, et mourraient tout aussi vite. c'est peut être ça "calmer le terrorisme", les morts du canal de panama, comme ceux de Suez n'ont pas été très remuant après...

L'idéal, ça serait d'avoir un canal très long à faire dans une zone très malsaine, où on pourrait employer des dizaines de millions d'êtres humains, avec pelles et pioches. L'idée n'étant pas le but, mais d'en faire mourir le plus possible...

Les américains, à l'époque de "leur" canal, avaient, après 1945, pensé à une solution bien plus expéditives, et d'ailleurs, la tenaient prête en cas de besoin. Une série d'explosions nucléaires auraient tout bonnement, brisé l'isthme. Les forages avaient déjà été fait. Puis le canal fut rétrocédé au Panama, avec l'idée US, que de toute façon Panama et Amérique latine, c'était à eux.

Il reste qu'hier, comme aujourd'hui, ces gros investissements sont trop sérieux pour être confiés au privé.

On peut penser, dans le contexte actuel, que les élites mondiales regardent la possibilité d'une épidémie mondiale, qui réduirait la population des 2/3 avec une certaine gourmandise. il faut dire, qu'eux, claquemurés dans leurs forteresses, feraient la fête en attendant que ça passe.

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Published by Patrick REYMOND - dans transport maritime
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