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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 14:06

Il est une histoire qu'on n'apprend jamais. C'est comment les peaux rouges déclenchèrent la très grande dépression de 1873-1896, aux USA.

Les USA firent la guerre civile avec un encadrement militaire d'une nullité affligeante.

A Gettysburg, le commandant en chef, Meade, en était tellement persuadé, qu'il eût une technique très simple. Les troupes devaient tenir leurs positions. C'est tout. La manoeuvre, il n'en était pas question, le tout, avec une supériorité militaire marquée.
Le bon officier, c'est celui qui était capable de tenir sa position, et d'éviter à sa troupe de se débander.

L'échec final de la bataille, la charge de Pickett, dû beaucoup au général nordiste Hancock ("Hancock the superb"), qui était pratiquement un des seuls à inspirer confiance et calme à ses troupes. Il n'eut pas non plus à manoeuvrer. Il se contenta de tenir ses positions. Après l'échec de la charge de Pickett, les confédérés attendirent la contre attaque, qui ne vint jamais. Puis ils se retirèrent, sans être inquiétés, du champ de bataille.

En 1864, toutes les troupes fédérales expérimentées qui arrivaient au bout de leurs trois ans d'engagements, prirent comme un seul homme la poudre d'escampette et se gardèrent bien de se réengager. Les généraux étaient considérés comme des bouchers, qui pratiquaient la guerre d'usure, avec une supériorité numérique écrasante. Mais dans cette fin de guerre, il y avait une différence d'intérêt éclatante, entre celui qui risquait sa peau, et la bonne bourgeoisie nordiste.
Pendant que le troufion de base trouvait de moins en moins de motivation à partir au combat (c'est pour cela qu'on fit appel aux européens et aux noirs), la bourgeoisie, qui fournissait les officiers et souscrivait aux emprunts d'état, y trouvait de plus en plus son compte, à mesure que gonflait la dette publique, qui rapportait de gras et gros intérêts. Sans compter, bien sûr, le prestige et les carrières politiques des combattants.

Evidement, l'échec de l'union, pendant la guerre aurait conduit à des sérieux problèmes avec la dette, et la valeur des bons variait énormément avec les opérations militaires. Au moment de l'invasion de la Pennsylvannie, on avait eu un mouvement de panique évident, toutes les villes du nord se voyait à la veille d'être prise, les femmes enlevées, et les bons du trésor, voyaient leur valeur s'évaporer.

Derrière la dette, une banque s'était distinguée, celle de Jay Cooke, qui avait vendu au public 22 % des deux milliards de $ de bons du trésor US.
A la fin de la guerre, Jay Cooke se tourna vers le chemin de fer, et finança la Northern Pacific railways à hauteur de 200 millions de $.
C'est dans ce contexte que se situe l'intervention des peaux rouges. L'armée US, avec ses insignes généraux, à savoir Custer, qui a du inspirer le personnage de Stark dans "les tuniques bleus", Stanley (un alcoolique), sont sensés protéger le chemin de fer de la ligne de Yellowstone. Avec leur savoir faire habituel, une série de combats avec les sioux, se déroulent du 4 au 18 août 1873, et l'armée américaine doit faire demi tour. Le placement d'une émission d'obligation géante échoue, la valeur des obligations de Jay Cooke s'effondre, et il fait faillite le 18 septembre 1873.

Sitting Bull a réussi une chose dont il n'a jamais eu connaissance sans doute. Il a mené le capitalisme dans une crise de plus de 20 ans, qui porte dans l'histoire le nom de "très grande dépression".

En Europe, la crise commencée en mai, se répand, notamment en Allemagne où le crédit s'est considérablement gonflé avec l'indemnité de guerre de 5 milliards arrachée à la France. Il est quand même curieux de constater que le vaincu de 1871 s'en sorti beaucoup mieux que le vainqueur... Au moins, pendant 10 ans.

La raison ? Une bulle spéculative... Immobilière.

Il est curieux de voir comment des éléments totalement disjoints, provoquent, pratiquement en même temps, des turbulences mondiales.

D'une manière générale, la libéralisation financière, dont on nous promet monts et merveilles, n'apporte que malheurs et faillites. On peut noter aussi, la connivence entre banquiers et politiques.

La misère décrite par Jack London, c'est la misère de la très grande dépression.

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Published by Patrick REYMOND - dans Politique
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commentaires

simplet 23/01/2017 12:39

Quant aux œuvres dont l'objet relate la misère économique, pour une fois, une série télévisée irlandaise donne un compte rendu assez fidèle dans Heat/Love. Hormis l'histoire autour et pour la drogue, un des acteurs remarquable est le décor plus triste que les corons et le vulgus pecus irlandais apparaissant lui, comme étant le sommet des vices humains. C'est en tous cas la sensation que j'ai ressenti. heureux d'être gaulois, même pas riche.

La Gaule 23/01/2017 11:10

L'affaire Jay Cooke & Co ne fut qu'un relais de la crise de 1873 -relais ravageur mais relais quand même. La deuxième vague du tsunami en somme.
Le cœur de la crise -le Lehman Brothers du temps- avait bel et bien explosé au mois de mai avec l'affaire du krach de la banque de Vienne.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_bancaire_de_mai_1873

Les causes déclenchantes en étaient la spéculation immobilière et financière effrénée qui avait affecté le continent européen depuis plus de dix ans, avec des abcès de fixation célèbres comme la carambouille haussmannienne et celle due à la manne des réparations de l'après guerre franco prussienne.
Constat superficiel : rien n'a beaucoup changé en fait.
Poutine est une espèce de Sitting Bull chauve et beaucoup mieux armé.

Le Peuple des Abîmes de Jack London est un livre terrible -le seul en tout cas où l'on cherche en vain l'imagination et l'innocence qu'il mettait d'habitude dans ses romans.
L'envers du décors libéral d'avant la première guerre mondiale.

Le livre« Les dépossédés » du William Liam Wilson rendit compte à son tour il y a vingt cinq ans de l'envers du décors libéral thatchéro-blairiste en Irlande du nord.
Il passa alors pour un reportage exotique un peu austère.

http://www.e-litterature.net/publier2/spip/spip.php?page=article5&id_article=275

(J'ai lu que l'auteur écrivait maintenant chez Charlie Hebdo aujourd'hui. Marris a fini aussi comme ça).

Aujourd'hui que la matière de ce genre de bouquins est largement revenue et que le libéralisme économique explose encore frais et joyeux sur tous les trottoirs (pas vu mon sans dent dans l'abri-bus aujourd'hui, il est peut-être mort cette nuit) vous pouvez les trouver d'occase en poche chez Gibert.