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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 08:46

James Howard Kunstler nous dresse un petit tableau que je peux cautionner, en y apportant certains correctifs. 

Tout d'abord, le futur a ceci de commun qu'il est imprévisible. Le caïd mondial, a l'heure actuelle, ce ne sont plus les USA, c'est la Russie, parce qu'au niveau énergétique, elle est supérieure aux USA quand à la production, et inférieure aux USA, quand à la consommation intérieure.

Un débile disait que la Russie ne pouvait se passer d'euros. Comme j'avais dit à l'époque, on verra qui crèvera en premier. Celui qui n'a plus d'euros, ou celui qui n'a plus de gaz ?

Elle a donc une puissance que l'URSS n'avait jamais eu. Et cela se sent. Et c'est vraiment un soft power, puisqu'à la limite, il suffira à Moscou de froncer le sourcil pour qu'on écoute.

Kunstler a aussi oublié dans le tableau le Mexique, et un de mes favoris, pour lequel j'ai beaucoup écrit, le gisement Cantarell. Pour lui, on peut entendre la marche funèbre. 130 000 barils par jour, contre 2 200 000 à son apogée. Une chute de 94 %.

Mais il y a belle lurette que la vie mexicaine est troublée par ce déclin. Quand les hommes au chômage n'ont rien à faire, ils rejoignent les cartels. Pas vraiment par choix, mais parce qu'il n'y a rien d'autre. Et que certains ne me disent pas, c'est la faute de la démographie, la démographie mexicaine est désormais basse. Comme celle de l'Amérique latine, en générale, qui a quasiment terminé sa transition. La drogue est elle même un cycle économique. Si les USA disparaissent, les cartels disparaitront. Parce que les nord américains n'auront plus les moyens d'acheter leurs drogues.

Les troubles récents ne sont pas autre chose que la marque du déclin pétrolier du Mexique, comme l'élection de Trump est la marque du déclin de l'accès aux énergies des américains, scellée du sceau de l'abandon des comtés les plus ruraux, au profit de quelques villes, qui profitent simplement du fait qu'elles soient côtières, et donc moins gourmandes en ressources énergétiques, et qu'un porte container, ça transporte beaucoup, pour peu d'énergie.

Que Trump, se plante, ou pas, la donne restera la même. Il est clair que sa politique date. Mais l'homme est intelligent, réactif, et rien ne dit qu'il ne sera pas obligé d'agir dans un sens qu'il n'avait pas prévu. Il est clair que certaines options, comme la mise au pas de la CIA, s'impose d'elle même, sous danger d'être lui-même éliminé.

Quand une époque se termine, l'enchainement a une certaine tendance à se faire tout seul. Le nouveau monde a connu bien des cycles de prospérité, suivi de cycles de déclins. Enfin une arrivée, où la source de richesse est devenu un archaïsme décrié : épices, coton, tabac, sucre, café, indigo, etc... En général, quand la consommation s'est démocratisée, et la production répandue.

Comme je l'avais dit pour le coton, l'histoire de la fin de l'esclavage aux USA y est intimement lié. L'égreneuse à coton permet à une production massive de se développer et rend, par la même occasion, l'esclavage inutile les 2/3 du temps. Auparavant l'égrenage était manuel, et occupait la majeure partie de l'année. Côté positif, l'égreneuse permet l'essor de la production, côté négatif, l'esclave devient une charge inutile la plupart de l'année. 

L'esclave peut vaquer à ses occupations. Le prix élevé du coton jusqu'en 1860, justifie cet esclavage, alors qu'il est déjà en train de disparaitre dans le sud non cotonnier. ces états deviennent simplement, pour le sud cotonnier, des fournisseurs d'esclaves, et prennent souvent des législations libérales en matière d'affranchissement.

La simple baisse des prix, qui s'annonçait en 1860 aurait fait disparaitre l'esclavage, en moins de 10 ans. Parce qu'il est plus efficient de ne payer la main d'oeuvre que pendant qu'elle est utile, de l'embaucher et de la débaucher, plutôt que de l'entretenir toute l'année.

Dans les années 1930, les sudistes maudissent le coton, dont le prix est tombé à la moitié de celui de 1860.

De globalement riche, la société sudiste est devenue une société de gueux, jusqu'à ce que l'implantation de bases militaires US lui redonne du souffle. C'est un autre cycle économique.

L'esclave personne, avec le pétrole et le charbon, était devenu l'esclave mécanique. Mais ce cycle est en train de finir, Trump ou pas. Et le crédit lui même suit un cycle. Toutes les sociétés en plein boum économique voit croitre leur endettement. Et on trouve aisément de quoi financer les vaches sacrées du moment, même des tulipes, pendant la tulipomania. Mais là c'était extrême, parce que l'utilité économique de la Tulipe était égale à zéro, au contraire des épices, coton, tabac, sucre, café, indigo, etc... Tout le reste se consomme d'une manière ou d'une autre, et on peut en produire plus que nécessaire, mais cela s'ajuste, mais la tulipe, c'est le truc totalement inutile par excellence.

Tulipe qui vit dans notre société actuelle sous de multiples formes, mais dont on s'aperçoit après de la profonde vanité.

On a dit que les élites avaient mis au pouvoir Trump pour lui faire porter la responsabilité de l'effondrement ? Oui, et alors ? Ils sauront réanimer après les gisements pétroliers défunts ???

Les 103 millions d'américains sans emplois sont de très mauvais emprunteurs, les 11 millions de français sans emplois idem, les smicards, aussi.

De même, les temps ont changés. Mettre des pelles et des pioches dans plusieurs millions de mains, au moment du new deal, c'était facile. On ne fera pas retravailler des millions de personnes, même si on rebâtit des infrastructures en déliquescence. De même, on ne fera pas rouler dessus des gens qui n'ont plus les moyens d'avoir une voiture.

"nous allons entrer dans une dépression plus grande que la Grande Dépression des années 1930".
Au niveau des chiffres, on est déjà dans bien pire. Seulement, il existe deux sortes de gouvernements. Ceux à qui le mensonge fait horreur. Ceux à qui la vérité fait horreur.

La politique suivie depuis 2007 est la continuation de celle d'avant, un replâtrage, alors que la maison est en train de s'écrouler.

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Published by Patrick REYMOND - dans Economie Politique
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commentaires

L'apres 12/01/2017 10:28

Merci pour l'article, il est brillant.

MJ 12/01/2017 08:19

"parce qu'au niveau énergétique, elle est supérieure aux USA quand à la production, et inférieure aux USA, quand à la consommation intérieure. "
et en plus (l'essentiel) elle a la capacité de se défendre.
ce sera compliqué de la lui faire "à la Sadam"

Phil 11/01/2017 21:37

"Ryanair vole avec l’argent du contribuable" ;-) Ici sur le blog on le sait depuis longtemps mais cela semble sortir peu à peu. Ils ont marre de se faire racketter pour soutenir le tourisme ?

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201701111029542890-ryanair-compagnie-low-cost-/

bozi lamouche 11/01/2017 14:12

bonjour
superbe article comme toujours.
j'ai vu une vidéo (https://www.youtube.com/watch?v=_rIng_CcPYA)...qui date de juillet 2016...il est dit par khazine dans un entretien que Poutine, si trump gagne, pourra envisager de faire le "ménage" dans son prorpre gouvernement...et effectivement après la victoire de trump un ministre a été mis en prison...qu'en penser ? Poutine est-il vraiment le boss comme vous dites ?
cordialement

Bozi Lamouche 12/01/2017 12:07

Ok Poutine est le boss mais il doit se coltiner une 5 ème colonne ultra libéral...

Philopue 11/01/2017 13:08

Petite question.
Le bitcoin n'est il pas la tulipe d'antant?

La Gaule 12/01/2017 01:53

Non, la tulipe existe toujours et son prix varie d'ailleurs très peu.
Elle a aussi inspiré avec bonheur le cinéma de cap et d'épée à une certaine époque : « Fanfan la tulipe », « la tulipe noire » pour ne citer que ceux-là.
J'ai du mal à imaginer un film qui s'appellerait « Fanfan le bitcoin » !
Sauf à la rigueur pour illustrer la vie de François Hollande. Un film de Lucas Belvaux, avec Laurent Gerra dans le rôle.

https://www.youtube.com/watch?v=KjPruYe3i_s

tgee 11/01/2017 23:28

Le bitcoin a une utilite economique contrairement a la tulipe. Au moins pour le blanchiment, et au mieux la ou a echoue l'euro en contrepoint du dollar. Mais c'est un technologie qui peut etre -disrupte-