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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 16:57

A la fin de la guerre civile, on a pendu le commandant du camp d'Andersonville, pour crimes contre ses prisonniers. 45 000 prisonniers y furent internés; 12 931 moururent, soit 28 %. C'était loin de la mortalité qu'ont connus les camps de la mort. Et il ne faut oublier, qu'on était au XIX° siècle, que Pasteur n'était pas passé par là, que les notions d'asepsie étaient seulement en gestation, et que les épidémies ont été légion pendant la guerre civile ( variole et diphtérie), surtout dans le sud, en état de blocus et disposant de peu de médicaments. Surtout, la mortalité n'était pas celle connue aujourd'hui, et qu'en outre, les moyens de transports, pour nourrir une foule pareille, étaient sommaires.

Mais il y eut quand même une justice divine. Comme on maitrisait peu les épidémies, celles ci eurent une folle tendance à se propager au nord.

Surtout, la proposition confédéré de libérer les prisonniers sans condition ne fut pas acceptée, elle eut entravée de longs mois l'armée fédérale, qui aurait du les évacuer. A la chute de Vicksburg, les 30 000 prisonniers confédérés furent d'ailleurs libérés sur parole, les armées nordistes ne voulant pas non plus être entravés par ces prisonniers.

186 097 noirs s'engagèrent dans l'armée de l'union, 70 929 périrent dont 2 751 au combat (Ce chiffre reste très modeste : 1.5 % des effectifs). plus de 38 % des noirs engagés dans l'armée nordiste périrent, ce qui rend la mortalité d'Andersonville très relative. Moins de 4 % des noirs morts, moururent au combat...

Les noirs se sont distingués à la bataille de Port Hudson, où leurs attaques suicides sont restés dans l'histoire ( accourir en empruntant un pont de bateaux entièrement exposée au feu ennemi, puis passer sous une falaise bien défendue, au bord d'un marécage empêchant tout déploiement ). Il faut dire que cette bataille se révéla fort sanglante, et les pertes fédérés, 10 000 hommes (une moitié tuée, l'autre blessée), dépassèrent de loin celle de la confédération (750 tués et blessés,  250 morts de maladies).

les autres engagements militaires importants sont aussi des opérations suicides : Fort Wagner et bataille du cratère.

A Port Hudson, les confédérés  visiblement avaient épuisés leurs munitions, et les noirs avaient visiblement été chargé de les faire défourailler pour accélérer le processus...

Au total, au nord, 2 200 000 soldats furent mobilisés, 140 414 tués au combat, et 224 097 morts de maladies. soit, au total, 364 511 tués. Soit 16 %.

Défalqués les combattants noirs, ce chiffre tombe à 2 014 000, 137 663 tués au combat et 155 919 morts de maladies. 293 582 au total. Soit 14.6 %. Les pertes noirs, d'après le tableau officiel sont presque trois fois plus importantes que celles des autres soldats de l'union. Heureusement que les nordistes étaient sensés vouloir les libérer.

Il faut sans doute majorer le nombre de ces tués, par tous ces européens, enrôlés au pied du navire. Arrivés sans le sou, les primes d'engagements étaient alléchantes, et la contrainte souvent exercée. Le gouvernement britannique protesta contre l'enrôlement de québécois, attirés par des contrats civils, mais qui une fois arrivé sur place, ne trouvait pas l'emploi proposé, mais un contrat militaire, qu'ils pouvaient refuser, mais en rentrant chez eux à leurs frais, alors qu'ils n'avaient pas l'argent...

Les militaires étant les militaires, il y a une tendance forte à exagérer les pertes ennemis, et à minorer les siennes. L'immigrant sans famille pouvait aisément être qualifié de déserteur. Mais un nordiste désertant en pays sudiste avait une espérance de vie très réduite. L'histoire de Scarlett abattant le pillard est une des choses non avouées, mais apparemment courantes. Le franc tireur, surtout féminin, n'était pas honorable. Pourtant, toutes les femmes sudistes étaient réputées dangereuses, car armées, surtout de ces petits pistolets, dit pistolets de prostituées, aux effets dévastateurs à courte portée, surtout ceux à 4 canons.

L'époque avait aussi ses bouffons de service, Harriet Beecher Stowe, avec sa case de l'oncle Tom, fut un de ses détonateurs.

Elle n'avait jamais mis les pieds dans le sud, seulement relaté ce que des fugitifs racontaient. Mais c'était très sujet à caution. Les noirs, fuyant vers le nord, ou même arrivés après guerre, racontèrent ce qu'on voulait entendre, qu'on les fouettaient, ou les maltraitaient. Parce que, sinon, on ne les croyaient pas, et ils comprirent vite qu'ils pouvaient se faire de l'argent ainsi, et en rajoutaient fréquemment, et plus ils en rajoutaient, plus ils gagnaient de l'argent. Il faut rappeler un fait divers de la Nouvelle Orléans, après un incendie, on découvrit que plusieurs esclaves avaient été cruellement battus. La garde nationale fut obligée d'évacuer le couple responsable vers Mobile. La foule -blanche et esclavagiste- voulait les lyncher.

Si les mauvais traitements ont existé, ils étaient rares. Pour deux raisons. d'abord, la loi non écrite, le code d'honneur faisait que c'était honteux, ensuite pour un élément beaucoup plus terre à terre. Un esclave portant des traces de mauvais traitements perdait toute valeur. Au lieu de milliers de dollars, il n'en valait plus qu'une petite fraction. Il était plus expéditif de le vendre, en laissant le nouveau maitre se débrouiller.
De plus, il faut signaler qu'à l'époque, les châtiments corporels étaient courants, notamment dans les armées.
Harriet Beecher Stowe a donc joué le rôle d'idiote utile, déclencheuse de guerre, pour le plus grand profit du grand capital nordiste. L'humanitaire cache souvent des intérêts très terre à terre.

Il fallait provoquer le sudiste, pour déclencher la guerre. Et l'écraser, en faisant au passage, de coquets bénéfices.

En Russie, les serfs qualifièrent leur émancipation de "grande catastrophe". Il est clair aussi qu'aux USA, les noirs vécurent aussi l'abolition, comme un recul global de leur confort de vie, et de leur sécurité.

Pendant et après la reconstruction, les planteurs, dits "Bourbons", reconstituèrent globalement leur position sociale. Les profiteurs de guerre eux, souvent abandonnèrent les biens -mal- acquis. On n'acquière pas en quelques années l'expérience des plantations, surtout quand on est habitué à l'argent facile, et qu'on est pas très aimés chez des cagoulés dont la réputation a fait le tour du monde.

De plus, les carpetbaggers avaient une certaine tendance à emprunter à haïti, le "caporalisme agraire", et à faire travailler sous la schalgue, ceux qu'ils avaient "libérés". Raison pour laquelle, les noirs ne votèrent qu'un temps républicain.

Mais il est certain que l'abolition fut tout bénéfice pour ces grandes plantations, prenant des métayers, piégés dans un système d'endettement -péonage- ou n'embauchant qu'à prix réduits, des travailleurs pour de courtes périodes.

Il fut courant pendant la grande dépression d'entendre dire aux noirs qu'ils vivaient mieux aux temps de l'esclavage, qu'au moins, ils mangeaient à leur faim. Les salaires étaient tombés à moins de 4 $ la semaine, et pour les atteindre il fallait couramment travailler 14 heures par jour 6 jours par semaine, et cueillir 200 livres de coton par jour. La production exigée aux temps de l'esclavage, n'était que de 133 livres/ jour. Au moment de la reconstruction, il atteignait 100 livres/ jour.
Au moment du déclenchement de la guerre, l'esclavage n'était plus rentable que pour la culture du coton, et celle de la canne à sucre en Louisiane. Sur 15 états esclavagistes, seuls les 7 premiers sécessionnistes y avaient un intérêt économique. Le processus, qui avait conduit à l'abolition dans le nord, se déroulait aussi dans les 8 états plus réticents.

Dans les 7 états cotonniers, la possession d'esclave se raréfiait et se concentrait, et pour la main d'oeuvre de personnel de maison, l'irlandaise à 5 $ par mois, coûtait moins chère qu'un esclave, et était préférée.

Le début de la guerre, correspondait aussi à une crise du coton, et l'effondrement des prix fut un temps contrarié. Mais il est clair que le coton lui même était aspiré dans une spirale de baisse qui aurait conduit à la non rentabilité des plantations à court terme. Economiquement, l'esclave coûte cher et n'est que peu productif. Il fait le minimum, et apprend à tricher.

Toute la période de la reconstruction est une prise de conscience dans le sud, que le roi coton a cessé d'être, et que les prix ne cessent de baisser, et que cette baisse s'accélère après le début de la très grande dépression de 1872-1873.

Bref, la guerre civile fut la destruction d'une société rétive au "progrès", apporté par le nord. La matrice, utilisée plus tard par les yankees pour créer leur empire. Mais à l'heure où l'empire américain faiblit, cette guerre, en fait jamais terminée, révèle des fractures jamais guéries.

Il était certain qu'économiquement, l'esclavage au sud, avait peu de temps à vivre. La provocation nordiste, car, en fait, tout ne fut que provocation, avait pour but d'éliminer un modèle concurrent, paternaliste que les planteurs ont défini ainsi :

"traitez vos ouvriers, comme nous traitons nos esclaves". Sherman a simplement poussé la logique jusqu'au bout. Il a tout détruit, salement, simplement, pour détruire, sans faux semblant, jetant le masque d'une quelconque morale.

    

 

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Published by Patrick REYMOND - dans Politique
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commentaires

valuebreak 05/01/2017 16:47

bjr.

deux très bons articles, merci M'sieu Reymond..
un livre à recommander à ce sujet ? ou deux ?

sinon dommage d'attribuer la vulgarisation de l'antiseptie à Pasteur en oubliant Semmelweis ...

simplet 05/01/2017 11:44

Un parallèle sur la supposée horreur de nos colonies africaines..?

Jojo 05/01/2017 07:01

Si vous souhaitez avoir une vision de l'histoire de l'Amérique différente, si vous souhaitez vous informer sur la vie des "sans dents" comme vient de le faire Patrick, celle qui n'est jamais abordée dans les manuels d'histoire, lisez l'indispensable " Histoire populaire des Etats Unis de 1492 à nos jours" d'Howard Zinn. C'est édifiant !