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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 13:40

2016 marque l'accélération du pic charbonnier en Chine.

Après une baisse de 2.9 % en 2014 et une de 3.7 % en 2015; elle atteint cette année 9.4 %. Au total, la production a officiellement reculé de 15.30 % en 3 ans.

C'est, dans l'histoire des pics charbonniers, une vitesse totalement inédite de contraction, qu'on peut qualifier d'ultra-rapide, même si la consommation baisse moins vite, par effet de stocks et effets des importations.

Au début de cette évolution, les réserves estimées de charbon étaient finalement, très limitées, 25 années, eût égard à la vitesse d'exploitation (3.966 milliards de tonnes, officiellement, 4,500 officieusement).
Comme toujours, dans ces cas là, la production est sous estimée en période de boom, et la production "grise" disparait la première.
La production donc, en 2016, a atteint 3,360 milliards de tonnes de charbon, contre 3.960 au moment de son pic de production.

La volonté de réduire la consommation de 800 millions de tonnes est en passe de devenir un voeu largement dépassé. Encore, en milieu d'année, la baisse était elle encore plus impressionnante. La baisse atteignait près de 16 % en mai, faisant tomber la production, en rythme annuel, en dessous des 3 milliards de tonnes.
Les abrutis vous diront que c'est la réaction des autorités, vis-à-vis de la pollution. Les autorités chinoises, elles, protègent plutôt le secteur, eu égard aux conséquences économiques et sociales.

Le problème, c'est qu'avec des capacités de production qui ont atteint 5.7 milliards de tonnes, les gisements chinois ne pèsent plus guère. si grand soient ils. La baisse du prix du charbon, ou plutôt son effondrement, au 1/3 de ce qu'il était à mis, en faillite de fait, la plupart des producteurs. Seul le soutien politique a empêché en Chine, le même phénomène qu'aux USA.

Aux USA, visiblement, la situation du charbon vient de se consolider, d'une part par un léger rebond des prix, et d'autre part, parce que les centrales électriques thermiques qui ont été fermées se ressentent sur le marché de l'électricité.

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Published by Patrick REYMOND - dans Energie
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commentaires

Eric83 01/03/2017 13:16

Cet article vient confirmer ce que vous écrivez depuis longtemps.
http://www.romandie.com/news/Acier-charbon-la-Chine-veut-supprimer-un-demimillion-demplois-en-2017/777175.rom
500 000 nouveaux licenciements après les centaines de milliers de 2016, le pouvoir Chinois sous pression ? Encore un petit trilliard de planche à billet pour ce trimestre ?

La Gaule 01/03/2017 01:35

A PROPOS DE LA LÈPRE AU MOYEN AGE.

(A l'attention de Valuebreak -et d'autres ? Ce texte est un peu long -6 pages pleines- et pourtant je me suis bridé pour l'écrire tant le sujet ouvre des perspectives plus vastes. S'il ne rentre pas dans le presse papier, je le couperai en plusieurs parties.)
…...........................................................................................................................................
Voici donc le topo promis. Je n'ai pas la prétention de porter un jugement docte et définitif sur ce sujet ô combien pointu, mais simplement d'exposer clairement pourquoi je m'interroge sur ce qui est communément admis en la matière.
Concernant les ouvrages qui m'ont amené à me poser ces questions, j'en citerai particulièrement deux, tous déjà anciens et assez difficiles à se procurer. « Les épidémies dans l'histoire de l'homme » de J. Ruffié et J.C. Sournia (Flammarion), et « Le temps de la peste, essai sur les épidémies dans l'histoire » de W. H. McNeill (Hachette).
J'aime aussi citer le plus récent et très controversé « La peste noire » de William Spicer et Andrew Naphy (chez Autrement), parce que je trouve que ce récit très général de vulgarisation a néanmoins le mérite de poser des questions troublantes à propos tant de la grande peste que de la lèpre.

http://www.parutions.com/pages/1-4-6-3684.html

En fait, mon intérêt pour la lèpre est venu d'une expérience personnelle puisque j'ai eu la chance (la « chance ») d'effectuer jadis (en 1976) un stage d'études paramédicales dans un service de léproserie en Guyane française.
J'ai donc eu le choc de découvrir cette maladie en me pliant à la discipline des soins, en particulier l’écroûtage (soin basique nécessitant un bac d'eau courante et un outil évoquant une râpe à fromage), et j'ai rapidement compris que quelque chose ne collait pas avec l'approche que j'en avais eue par le canal commun de l'école et de la presse spécialisée en histoire.

La lèpre est une maladie dont la clinique est bien établie et les traitements à base d'antibiotiques sont d'une efficacité réelle, tant que les antibiotiques employés conserveront cette efficacité -tout le monde sait que cela n'est pas gagné.
A part ça c'est aussi une maladie dont on ne sait pas grand chose, sauf qu'elle est contractée par une mycobactérie, le bacille de Hansen (un norvégien, cela est important et j'y reviendrai), que l'on n'a même jamais été capable de cultiver en laboratoire.
Son mode de contamination nous est encore totalement opaque et il n'existe a fortiori aucun vaccin préventif.
Elle est en fait faiblement contagieuse et selon un mode restant donc inconnu (à mon interrogation inquiète un jeune toubib avait répondu : « Tu ne l'attraperas pas, c'est presque quasi certain. Comme nous tous ici. Maintenant ne me demande pas pourquoi. Je n'en sais simplement rien. »)
Elle frappe surtout par son extraordinaire manque de virulence, puisque sa durée d'incubation peut varier de dix à vingt ans !

C'est ici que la théorie historique accroche en premier lieu, si vous vous référez par exemple à cet article de Wikipédia, lequel n'est guère plus outrecuidant que ce que l'on enseigne d'ordinaire à des lycéens voire à des étudiants en survol de la question.

https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A8pre

Il y est affirmé en gros que la lèpre a envahi l'Europe à l'occasion des croisades, qu'elle s'est répandue en Europe comme un fléau dans les trois siècles qui ont suivi -en témoigne l'institution généralisée des ladreries et des cimetières de lépreux- et qu'elle a régressé brutalement au XIVème siècle grâce à des progrès de l'hygiène vestimentaire et de l'habillement (qu'est-ce que vient foutre la laine là-dedans ?) et à l'amélioration de la nourriture.
Tout ceci est totalement gratuit dans l'affirmation, pour ne pas dire grotesque.
Sûr que l'on devait mieux se nourrir dans nos campagnes au cœur de la guerre de cent ans, entre deux vagues pesteuses, qu'au temps de saint Louis ou de Philippe Auguste !
La période dite du « beau » Moyen-âge est connue au contraire pour avoir assuré aux populations une certaine prospérité alimentaire par rapport à celle qui avait précédé, cela due à l'excellence des récoltes (au passage, le réchauffement climatique qui a marqué la même période n'y est pas étranger, voir les travaux de Le Roy Ladurie sur la question).
Pourquoi donc la lèpre -pour laquelle la malnutrition serait une causalité vraisemblable- aurait proliféré à cette période plutôt bienveillante sur ce chapitre ?
Sûr aussi que les égouts à ciel ouvert qui occupaient le centre des rues des villes jusqu'au début du 19ème siècle étaient des havres d'eau potable par rapport à ceux du 12ème ! Sûr enfin que le bourgeois ou le gueux des mêmes villes changeait plus souvent de dessous , les slips de lin ayant remplacé les slips en laine plus irritants !

Je passe donc sur l'élucubration vestimentaire et alimentaire -en plus la faculté a donné sa langue au chat sur la question- pour poser le hiatus le plus béant.
Les croisés auraient contracté massivement la lèpre au contact des arabes à la fin du 11ème siècle ? C'est justement ce caractère de masse qui pose problème.
Quelle proximité exceptionnelle expliquerait soudain une telle incubation alors que toute l'Europe méridionale était déjà en contact avec le monde arabe depuis des siècles, et que, sans intentions belliqueuses, des chevaliers pèlerins se rendaient aussi à Jérusalem depuis longtemps ?
Comment une maladie aussi peu virulente a-t-elle pu essaimer brutalement et massivement aux quatre coins de l'Europe finalement en aussi peu de temps, alors qu'elle était jusqu'à présent inconnue sur le continent ?
Hiatus qui en amène un autre ? Pourquoi le monde romain a-t-il été épargné par cette maladie alors qu'elle était déjà connue à sa périphérie -en inde et en Égypte- depuis au moins un demi millénaire à l'époque de la république ?
Autant d'interrogations qui amènent logiquement à mettre en doute la réalité même de la maladie.

Dans l'article incriminé, il est aussi question d'un archéologue qui aurait démontré la nature envahissante du mal en identifiant des lésion osseuses caractéristiques sur des centaines de squelettes extraits de cimetières pour lépreux au Danemark.
Il se trouve que les lésions osseuses dues à la lèpre sont parmi les moins significatives.
Surtout à une époque où l'arthrite infectieuse et les ostéomyélites diverses (infections osseuses secondaires le plus souvent dues aux staphylocoques) étaient des complications très fréquentes des attaques par les germes -y compris chez les jeunes enfants- avec des effets destructeurs sur l'appareil locomoteur au moins comparables à ceux induits par la lèpre.
Des médecins ont d'ailleurs contesté cette hypothèse, toujours à l'examen de squelettes, estimant eux que les lésions osseuses pouvant être attribuées de manière probable à la lèpre sont extrêmement rares, ce qui témoignerait au contraire de l’existence réelle assez réduite de la maladie sur le continent.

Autre évidence frappante, la lèpre a rapidement disparu au siècle de la peste (la séquence 1350 – 1450) pour ne plus revenir. Comme si on avait eu besoin rapidement de toutes les ladreries pour les transformer en lazarets pour pesteux et que l'on n'avait donc plus eu BESOIN des « lépreux ».
Or, une chose au moins médicalement certaine est qu'il n'y a aucune proximité épidémiologique entre la peste et la lèpre. Autrement dit les deux maladies peuvent coexister parfaitement sans s'exclure l'une et l'autre.
Le seul fléau pour lequel une telle proximité est une hypothèse au moins à considérer comme plausible est la tuberculose, due elle aussi à une mycobactérie, le bacille de Koch.
Il existe en effet une forme de lèpre -dite d'ailleurs « tuberculoïde »- dont les lésions sont analogues à celle de la tuberculose, et il a été observé -dans le Nordeste brésilien notamment- que partout où la vaccination faisait reculer la tuberculose la lèpre était en recrudescence.
Mais la « phtisie » étant elle aussi une maladie très ancienne (déjà décrite par Hippocrate) parmi une foultitude d'autres, rien ne permet actuellement d'établir comme probable une telle hypothèse.
Ceci amène enfin une autre question inévitable : pourquoi tant de haine ?
Pourquoi cette maladie a-t-elle frappé autant les esprits et les comportements sociaux -au point d'aboutir à l'établissement d'une véritable contre-société lépreuse- alors que (au moins jusqu'à la réapparition de la peste) une quantité d'autres fléaux microbiens opéraient régulièrement des ponctions mortifères autrement plus redoutables pour l'existence des populations.

Alors, et si le phénomène de société nommé « La lèpre » n'était pas réellement la lèpre, de quoi s'agissait-il donc ?

Toutes les sources que j'ai citées en avant-propos sont au moins d'accord sur un point : la lèpre est d'abord au Moyen-Âge un fait religieux, qui finit par rejeter au second plan le caractère épidémiologique, que l'on soit d'accord ou non avec la réalité de l'épidémie.
D'abord, sur le plan étymologique, le mot lèpre venait de l’hébreu ancien qui désignait par le terme « lépra » à la fois une moisissure (murale par exemple) une surface écaillée et le péché de luxure. Une confusion sémantique qui n'a cessé de se renforcer dans l'imaginaire chrétien (les indiens par exemple ignorent une telle confusion), la notion de péché devenant synonyme obligé de la souillure extérieure la plus visible, celle de la peau .
(je note au passage que cette répugnance atavique a largement survécu jusqu'à nos jours. Un bon petit roman policier à succès ; « J'étais Dora Suarez » de Robin Cook l'avait parfaitement exprimé dans les années quatre vingt à propos du sida, en liant étroitement cette maladie au syndrome dermique de Kaposi).
Autrement dit, à partir du 12ème siècle, l'on EST lépreux plus que l'on devient lépreux, et c'est l'église qui est chargée de déterminer qui EST lépreux afin de lancer toute la procédure aboutissant à la mort sociale du « malade ».
Il faut noter bien sûr que cette caractérisation n'a de médicale que ce qui en est aujourd'hui risible de par notre rationalité. Exemples, cités par Ruffié et Sournia :
''Si l'on expose le visage d'un lépreux au clair de lune, le teint se colore alors que celui de l'homme sain reste pâle... Si l'on répand des cendres de plomb brûlé sur l'urine d'un lépreux, elles surnagent, alors que normalement elles tombent au fond du vase. ''
Etc. Etc. dans les cours ecclésiastiques du temps, il y en avait des kilomètres de parchemin du même genre (n'en rire que dans une certaine mesure, en se demandant si notre rationalité exacerbée -exprimée dans notre latin hermétique à nous- ne sert pas aussi à prononcer des exclusions comparables).

En fait la grande exclusion jointe au grand enfermement des lépreux date de cette véritable loi cadre des déviants que fut le concile de Latran en 1179.
Outre celui des lépreux, y fut réglé aussi, avec des dispositions pratiques comparables, le sort des « sodomites » (les pédés quoi!), des juifs et surtout des cathares, l'opprobre frappant ces derniers devant aboutir à la célèbre croisade (purification morale quasi ethnique) qui les éradiqua physiquement.

L'assimilation avec la sodomie est d'ailleurs intéressante puisqu'elle renvoie à la lubricité, qui a toujours été le dénominateur commun de toutes les exclusions sociales et tous les racismes (voir le nombre de lynchages de noir américains pour cette raison majeure dans l'histoire moderne).
Le lépreux est décrit souvent comme un être sexuellement dangereux car contenant difficilement ses appétits, le sujet mâle étant d'ailleurs identifiable par son priapisme permanent (la lépreuse reste la grande inconnue du phénomène car l'assimiler systématiquement à la prostituée posait sans doute un problème pratique).
La castration des lépreux était ainsi recommandée dans l'arsenal jurisprudentiel des tribunaux de l’église, même s'il semblerait qu'elle fut peu appliquée.
La pulsion de mort collective s'exprima par contre à maintes reprises contre les lépreux, identique et souvent simultanée à celle qui frappait les juifs et suivant le mécanisme bien connu du bouc émissaire, vecteur de propagation des maladies par l'empoisonnement des puits.
Les pogroms ont ravagé aussi régulièrement les ladreries que les ghettos, en faisant des milliers de victimes, au point que le pape Benoit XII se sentit obligé de les dénoncer publiquement et solennellement en 1338.
Toute la hantise trouble qui entourait la lèpre est contenue dans cette déclaration (citée par Spicer et Naphy) d'un certain seigneur Arnaud de Vernoilles, jusqu'à sa conclusion répugnante (laquelle vérifie une idée qui m'est chère : un enculé qui aime ça et l'assume -point barre- ne peut être un pédophile, sauf s'il est avide de respectabilité sociale. Le bel Arnaud aurait mieux fait de planter son épée en terre et, ni vu ni connu, s'enfiler dessus en juif -pardon, en suisse) :

'''' Alors que juifs et lépreux étaient livrés aux flammes des bûchers, j'eus un commerce impie avec une prostituée, à la suite de quoi voilà que mon visage se mit à enfler. Imaginez ma terreur à la pensée que j'avais la lèpre ! Je fis le serment que jamais plus je n'aurai de commerce avec une femme à l'avenir, et, afin de tenir parole, commençai à m’intéresser aux petits garçons''''

Mon sentiment final est donc que « la lèpre » au Moyen-âge était une vue de l'esprit bâtie autour d'une réalité épidémiologique mineure, si l'on prend en compte les multiples périls microbiens eux bien réels qui menaçaient les européens pendant la même période et surtout à son terme.
Sa réalité tangible, par contre considérable voire caractéristique de la société du temps, était un syndrome d'ordre social qui tirait sa raison d'être dans l'imaginaire et la symbolique de la chrétienté triomphante.
La société féodale à son apogée a tout simplement marginalisé le plus possible de ses déviants en officialisant l'opération à travers le prisme de la maladie physique et morale largement imaginaire qu'a constitué « la lèpre ».

Les sources que j'ai citées ont toutes noté des bizarreries très matérielles sur la gestion des lazarets par les prêtres, observant d'abord que la prolifération de ceux-ci offraient opportunément des débouchés à l'expansion des vocations sacerdotales.
Le problème de l'offre d'emplois par rapport à la demande des clercs se posait au moins autant dans le « monde plein » cher à Braudel que dans le monde occidental d'aujourd'hui, tout aussi fertile en cléricatures de toute obédience -le « travail social » par exemple, sans parler de cette espèce de lazaret des heures ouvrables qu'est l'agence pôle emploi du coin.
L'hébergement dans les lazarets étant payant, ne pouvaient également y accéder que des gens disposant de ressources personnelles de par leurs œuvres mais surtout de par leur origine sociale.
Et c'est là que l'on retrouve une sur-représentation du mal aimé bien connu de la société féodale : le cadet de famille sans héritage.
Brebis galeuse (un adjectif capital pour ce qui nous occupe, j'y viens) à la vie souvent dissolue, et qu'il pouvait sembler opportun de mettre sur la touche pour des raisons « médicales » s'il se montrait rétif à la carrières religieuse ou militaire, seules échapatoires qui lui étaient ouvertes.
Pour les lépreux pauvres, il restait la mendicité étroitement codifiée et contrôlée -pour les gens bien nés il était encore socialement valorisant de faire l’aumône aux gueux- ou la mort par le froid et la famine, alternative qui n'en était bien souvent même pas une.

Le masque incertain de « la lèpre » a lui même été bien servi par les connaissances médicales embryonnaires du temps et surtout les habitudes de vie.
Il est ainsi facile d'imaginer combien les pratiques déficientes d'hygiène et d'alimentation pouvaient favoriser l'apparition de toute sorte de dermites et d'eczémas sur la moindre source d'irritation -un engrenage que connaissent bien nos dermatologues- et combien alors il devenait difficile de s'affranchir du soupçon de « péché » si l'on tombait dans le collimateur des gardiens de la santé morale publique.
Il existe aussi une maladie sur laquelle les historiens se sont peu penchés, ce qui est dommage tant je pense qu'elle a pu prêter à confusion avec la lèpre, et que tout porte à croire qu'elle pu être très répandue à la période considérée. Il s'agit de la gale.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gale

Elle est désormais classée comme une maladie sexuellement transmissible transmise par un acarien microscopique et nomade. Des caractéristiques qu'avait déjà identifiées Aristote mais qui sont tombées dans l'oubli par la suite et pour longtemps.
Jusqu'à la renaissance, elle a été considérée comme une « maladie de l'humeur » -et donc de la « mauvaise », conséquence toujours possible du péché- croyance renforcée par le fait qu'elle ne guérit pas spontanément.
Il s'agit aussi d'une affection en principe bénigne mais dont les manifestations cliniques peuvent néanmoins être spectaculaires.
Il existe justement une forme de gale jadis répandue en Europe du nord appelée « gale hyperkeratosique » ou vulgairement « gale norvégienne » (ce n'est donc pas un hasard si Hansen a été amené à s'intéresser à la Lèpre) pouvant causer des lésions de nature équivoque dont vous avez un aperçu photographique effrayant sur le lien plus haut.
Tout ceci pour montrer à quel point il pouvait être facile d'être identifié comme cliniquement « lépreux » au Moyen-âge.

Je ne saurai enfin terminer ce tour d'horizon sans évoquer le côté « zombie » (pour parler comme E.Todd mais à bon escient cette fois) de la lèpre une fois sa disparition officiellement actée au début de l'ère moderne.
On a vu ainsi apparaître en France, comme partout ailleurs en Europe à partir de la renaissance, des véritables persécutions sans cause justifiant la relégation où la discrimination civile de populations ne présentant pourtant aucun signe à priori de maladie et a fortiori de contagion.
La persécution des sorciers et sorcières, dont on a probablement exagéré l'ampleur et qui a frappé l'imaginaire européen, ne serait peut-être qu'un épiphénomène par rapport à ces étranges maladies zombies qui évoquent la lèpre sans le bacille mais avec les mêmes effets sociaux.
Le cas le plus frappant est celui des « cagots », populations qui ont longtemps essaimé dans tout le sud ouest et une partie du grand sud de la France, et dont les mesures d'ostracisme qui les frappaient semblaient calquées sur celles qui frappaient les lépreux des siècles plus tôt.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cagot

Tout se passait en fait comme si le monde parallèle des lépreux devait être absolument remplacé par quelque chose de semblable en regard du monde des gens normaux, et peu importe les raisons qui permettaient de reléguer les personnes dans un tel monde.
Or, toutes les études menées sur cette question en fait très méconnue se sont heurtées à l'impossibilité de caractériser dans une homogénéité commune les groupes totalement disparates qui composaient les populations « cagots ».
On y trouvait simplement la présence récurrente de gens déficient physique ou mentaux, ou porteurs de certaines maladies héréditaires, et leur descendance portait le sceau de l'infamie originelle qu'elle soit bien portante ou non.
Comme un certain nombre de métiers leur étaient interdits, le simple fait d'exercer un métier dévolu aux cagots, tel que charpentier, pouvait valoir aussi à n'importe qui la relégation à la condition sociale de « cagot ».
Il semble bien au bout du compte que c'est la croyance populaire en l’hérédité de la maladie lépreuse qui a entraîné l'apparition du phénomène et sa persistance jusqu'à une date récente.
Par un autre étrange retour des choses, je me souviens qu'au moment des grandes manifestations pour l'école privée contre la loi Savary en 1984, un journaliste d'extrême gauche à l'accent méridional (aujourd'hui décédé) avait qualifié sur les ondes les manifestants de « cagots » à la place sans doute de « bigots ».
Ce qui m'amène à une autre réflexion.
Je me demande si les sociétés occidentale ne seraient pas en voie de « cagotisation » de par la componction rageuse des groupes dominants à rejeter les groupes dominés à ses marges, et surtout à nommer pathologiques leurs préventions vis à vis du monde qu'ils rêvent de créer pour ces derniers.
Nous ne sommes plus au temps des cagots, terme archaïque incompréhensible, mais à celui des « phobiques » en tout genre -publiphobe, homophobe, europhobe, americanophobe, islamophobe etc.- terme moderne bien compris des gens qui savent, puisqu'il suffit de l'acculer à tout ce qui ne leur plaît pas pour créer à tout propos les ladreries symboliques qu'ils affectionnent.
Le phénomène « redneck » aux USA, dont on a parlé ici récemment serait peut-être aussi une avant-garde déjà ancienne à cette tendance désormais pleinement européenne.
Cela histoire de finir sur une touche musicale.

https://www.youtube.com/watch?v=myhnAZFR1po

valuebreak 01/03/2017 19:58

Bjr La Gaule, bjr à tous.

Merci de cette contribution sue le phénomène pesteux, ses zones d'ombre, ses incohérences, ses questionnements ... Beau travail côté historique, merci à vous.
Je vais faire l'effort, une fois que je vous aurai relu soigneusement, de vous présenter mon point de vue, qui se rapproche du vôtre par certains côtés, et en diverge par ailleurs ..(je sais que le terme di-verge vous plaît bien, hein ?). ça va me prendre du temps, vu que je suis pas mal occupé par ailleurs, et que je n'ai pas l'intention d'écrire à 1h35 du mat' comme vous, donc un délai de plusieurs jours ... ça tournera autour de la pathocénose, des traumatismes sociétaux historiques, et du sentiment d'exclusion ...La peste des années 90, à savoir le SIda, me servira probablement de fil conducteur ...
M'sieur Reymond, vous voudriez écrire un bref (ou pas) article sur la peste, pour que nous puissions y développer nos commentaires à ce sujet, et les retrouver facilement ?

L'apres 01/03/2017 11:09

Au Japon, après la guerre, les lépreux étaient encore parqués dans des sanatoriums qui sont tombés en ruine dans les années 1970. Le personnel médical s’étant fait rare et ayant vieillit puis disparu, certains établissements étaient gérés par les lépreux eux même, ils étaient d'ailleurs eux aussi devenu âgées (le sont encore) étant des enfants de la guerre.
Il y a un beau film d'auteur sur le sujet: Les délices de Tokyo.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_D%C3%A9lices_de_Tokyo

Phil 28/02/2017 22:41

"Une commission du Parlement européen pour la levée de l'immunité de Le Pen".
S'il arrivent à faire partir Le Pen du Front National, ils auront réussi à supprimer la dernière barrière qui empêche certain de voter FN. Les épouvantails servent par moment à maintenir le plafond de verre. Les épouvantails partis, je me demande ce qu'il adviendra.

https://fr.sputniknews.com/international/201702281030271790-commission-parlement-europeen-immunite/

EnPassant 28/02/2017 17:42

Ce mardi, le site CrossCheck a été lancé en France. Cet outil de vérification collaboratif vise à lutter contre la prolifération de la désinformation en ligne.
En savoir plus sur https://www.lesechos.fr/tech-medias/medias/0211837555531-les-medias-francais-sunissent-contre-les-fausses-informations-2068499.php#eiv0jiTwyGM12Pdl.99
https://www.lesechos.fr/tech-medias/medias/0211837555531-les-medias-francais-sunissent-contre-les-fausses-informations-2068499.php

Patrick REYMOND 28/02/2017 19:27

ils ont décidé un suicide collectif ???