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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 14:35

J'avais, il y a bien longtemps, écrit un article sur le génie européen. L'Europe avait émergée, non pas malgré sa division, mais à cause d'elle.

Techniquement, l'affrontement des puissances européennes, fait que chacun innove, militairement d'abord, mais aussi, dans tous les autres domaines.
Le plus avancé, dans la civilisation européenne, ne le reste pas longtemps. Le challenger innove, change, prépare la "revanche", en analysant la défaite précédente, ses causes, ses racines, et change et améliore sa tactique et son armement, entrainant derrière lui, toute la machinerie industrielle et politique.

L'empire, lui, est satisfait de sa stagnation, qui correspond aussi à une rente et à la féodalité. On ne change jamais rien. Le seul inconvénient avec le plus grand empire, le plus ancien, c'est que, périodiquement, il s'effondre, quand craque une frontière que percent des barbares sales et dépenaillés, mais techniquement et militairement supérieurs. Et cela, tous les deux siècles, les empereurs chinois ne le voient pas venir.

Ils ont crée à l'arrière une société très inégale, qui n'a aucune envie de défendre l'ordre établi, et les forces impériales, encore considérables, se dissolvent en combattant à la foi barbares et insurgés. Ils n'ont plus d'arrières, et le moral s'effondre vite.

Tout empire signifie unification technique à l'échelle de l'empire, puis régression technique. Ne vous leurrez pas, c'est précisément ce qui est en train d'advenir de l'empire européen, qui met des années à vous dire ce qu'est le chocolat, ou la taille de la cuvette des WC.

Pourtant, on voit bien, en France, ce que donne la nucléocratie d'EDF. Elle a colonisé les hautes sphères de l'état, et l'on se retrouve coincé dans un choix technique vieux de 40 ans, que des vieux de 70 ne veulent absolument pas changer, parce que ce serait reconnaitre qu'ils sont stupides, et qu'ils perdraient leurs bonnes places.

Après, survient le déclin des techniques. Une fois l'unification faite, on ne recherchera qu'une seule chose, plus l'innovation, mais réduire les coûts. A tel point que lorsque les mongols voulurent envahir le Japon, les agents japonais soudoyèrent les chantiers navals, qui, à l'époque fabriquaient les meilleurs navires du monde. En les payant pour qu'ils construisent les navires beaucoup plus vites. Les mongols furent contents, les constructeurs aussi, les nippons aussi. Quand vinrent les typhons, toutes les petites astuces faites pour construire plus vite se chargèrent de détruire la flotte sino-mongole.

Au XIV° siècle, les chinois avaient des canons, ceux des européens étaient balbutiants. Au XIX°, les canons chinois n'avaient pas changé, mais les canons européens les massacraient sans même qu'ils puissent répliquer, ou sans qu'ils puissent même les atteindre. Lors de la prise d'Alger, ce fut le même problème. Les canons du fort l'empereur étaient incapables de rivaliser avec les français.

La colonisation Française de la fin du XIX° siècle dû tout à la pièce d'artillerie De Bange, dont la fabrication entraina la création d'une industrie. Les allemands, eux, colonisèrent avec la mitrailleuse maxim. La mitrailleuse maxim, elle même, fut le fruit de la terreur allemande devant les premières mitrailleuses françaises en 1870, où certains succès furent spectaculaires. Mais côté français, on ne vit que les inconvénients d'une arme trop nouvelle et pas très au point.

Cette course aux armements, fut la cause de l'innovation, de la recherche, et la concurrence, c'était ni plus, ni moins que l'avantage sur le champ de bataille. Chaque partie, essayant successivement de surpasser l'ennemi. Une fois la pièce de Bange dépassée, l'industrie française répliqua avec le 75, dont l'utilisation pendant la guerre des boxers donna des sueurs froides à l'état major allemand, qui exigea de Krupp la refonte de son 77, qui ne donna pas grand chose, mais qu'on espérait pallier, chez le kaiser par la prédominance de l'artillerie lourde.

De même, la création du canon de 88, fruit de l'impuissance constatée du 77, fut la clef, plus que le panzer, de la conquête allemande de l'Europe.

Cette innovation, elle est de tous les siècles. Aucun ne finit comme il a commencé. L'avantage éclatant au début d'une époque, devient archaïsme mortel à la fin de cette période.

De même, les progrès en masse de la médecine, de l'agriculture ont souvent été initiés pour des motifs de puissance. Pour faire mourir des soldats en masses sur le champ de bataille, il faut d'abord les élever à moindre coût. Le roi de Prusse, donc, généralisera de manière expéditive la pomme de terre dans ses états, même si ses sujets devront aussi apprendre comment la manger, souvent avec des déboires.

Si, quelque part en Europe, un état se fourvoie, par exemple la France du nucléaire, l'état voisin ne se sent pas obligé de se fourvoyer aussi, et surtout, le compromis politique ne l'engage pas. Le lobby  nucléaire n'y a pas la même force. " la lourdeur des structures politiques menace aujourd’hui l’Europe de stagnation ". Elle ne menace pas, elle en est la cause. Elle établit un ordre social, qui ne souffre pas d'alternative. Et cet ordre social, décide de liquider toute innovation, qui remet en cause cet ordre social.

L'innovation existait dans la Chine ancienne, mais elle consistait à fabriquer des curiosités de laboratoire dont on admirait la technique, sans vouloir l'appliquer.

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Published by Patrick REYMOND - dans Politique
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commentaires

Mario 09/02/2017 12:53

Le génie européen réside dans la division, d'autres l’appelleraient "Diversité", je l'appelle Christianisme, d'ailleurs on a écrit un tas de bouquins la-dessus à commencer par celui de Chateaubriand.
Je m'explique pour mieux me prémunir des foudres laïcardes, des fois que cette approche en choquerait quelques uns.

Si cette "division" ou "diversité" apparente existait c'est que les européens vivaient sous l'Empire de la Seconde Rome, soit l'Empérium Chrétien successeur de la Rome impériale, ou l'Empire de la Foi ayant remplacé celui des armes. L’obélisque du Vatican portant même l'épitaphe :" Christus veni, Christus vici, Christus regnat" pour suggérer cet héritage.

Cet empire d'orientation spirituel permettait donc l'existence des Nations, des identités, quand il n'y a pas concouru carrément en formalisant les langues locales (Saxon, Breton, Gaélic...), ou en christianisant des peuples qui ne se sont pas assimilé pour autant à d'autres plus brillants ou plus "puissants" culturellement comme les Hongrois ou les Baltes, mais ils demeurèrent plus ou moins intacts, souvent avec un folklore païen réajusté d'ailleurs.

Des évêques, des moines, aristocrates, chevaliers, érudits, et populations (croisades) etc... traversaient le continent, travaillaient et servaient ici ou là sans que cela ne n'ai posé le moindre problème administratif ou légal, la mobilité des élites était même incroyable et infiniment moins opportuniste quand on la compare à notre époque mondialisée. Monastères et Cours comptaient un large contingent "d'étrangers", les souverains eux-mêmes étant parfois étrangers, être aristocrates c'était être métis. Mais ils étaient TOUS chrétiens, la Foi les tenait ensemble c'était une communauté d'esprit donc de mœurs, aujourd'hui c'est absolument le contraire :
Nous sommes une juxtaposition d'individus qui ne fait société que par la Loi.

anonyme 08/02/2017 16:26

Patrick dit :
>Techniquement, l'affrontement des puissances européennes, fait que chacun innove, militairement >d'abord, mais aussi, dans tous les autres domaines.
Un petit lien pour appuyer ton argumentaire :
Exemple le navire La Gloire : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gloire_%28cuirass%C3%A9%29

>Une fois la pièce de Bange dépassée, l'industrie française répliqua avec le 75
Il a servi dans beaucoup de situations difficiles comme a Bir Hakeim avec succes:
http://canonde75.free.fr/faitsarmes.htm

>L'empire, lui, est satisfait de sa stagnation, qui correspond aussi à une rente et à la féodalité.
On retrouve ce thème dans le livre https://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9lude_%C3%A0_Fondation où les technologies n'évoluent plus dans la capitale de l'empire, comme l'ascenceur dont la technologie n'évolue plus.

EnPassant 08/02/2017 10:05

.......
http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/0211782024849-une-societe-sans-especes-pour-reduire-les-inegalites-2063272.php

dizemanov 08/02/2017 09:05

Vraiment fort intéressant, merci beaucoup Mr Reymond.

Phil 07/02/2017 23:04

Dans les commentaires d'un article du site les crises intitulé "Série : Le naufrage des Décodeurs du Monde", on peut lire un commentaire historique sur la notion de droite et gauche. Je vois que beaucoup ne gobent plus les média mainstream mais cela reste une minorité (quand j'écoute les discussions affligeantes au boulot).

"Il est bon de revenir aux cadres de référence lorsque les considérations deviennent floues.
Ainsi les notions de gauche et de droite furent inventées en France au tout début de la révolution française lors des états généraux.
Louis XVI, ne s’y retrouvant plus, demanda à ce que ceux étant avec lui se mettent à sa droite, ceux contre lui, à sa gauche.
Il s’agit donc bien là d’une relation au pouvoir, à l’époque celui du roi.
Aujourd’hui, le pouvoir est financier, national et international, et liés, l’U.E.€, l’O.T.A.N. et l’empire U.S..
La question est donc: qui est pour et qui est contre cet ensemble.
Messieurs Lordon, Mélenchon, le P.C.F. et le P.G., de vouloir conserver l’Union-européenne tout en voulant lutter contre les puissances financières, sont, suivant cette logique, du centre.
Monsieur Asselineau et l’U.P.R., ainsi que divers partis largement minoritaires tels que le P.R.C.F., sont de gauche.
Tout le reste des partis politiques sont de droite, voire d’extrême droite.
Voilà, une fois remise à l’endroit, cette duale notion politique redevient logique et cohérente, mais pour cela il fallait la requestionner à l’aune de l’histoire."

http://www.les-crises.fr/politique-post-verite-ou-journalisme-post-politique-par-frederic-lordon/

La Gaule 08/02/2017 11:49

Il y a pas mal de choses bien bancales dans ce genre de commentaire, ce qui est normal puisque, quand on y regarde bien, sa finalité semble bien de mettre en avant les thèses du groupuscules de Monsieur Asselineau (je n'ai rien contre lui sauf à constater qu'il reste l'homme de son audience).

D'abord on y confond le « pouvoir » en tant qu'autorité légitime consacrée dans un cadre politique particulier avec le pouvoir en général c'est-à-dire en fait (si je lis bien) le poids des rapports de force nationaux et internationaux agissant sur une société donnée.
Que les deux soient sensés se confondre absolument fait notoirement l'affaire des marxistes à front bas, mais nous sommes un certain nombre à ne pas nous y résoudre -dont M. Asselineau, puisqu'il semble bien militer pour une prise du Pouvoir malgré le pouvoir des forces dominantes à l’œuvre.

Prenez simplement les débuts de la cinquième république et votre conte de fée ne tient plus la route. Les forces du pouvoir capitaliste global y carburaient déjà à pleine puissance -bridées par l'accident historique que fut la victoire totale des soviétiques en 1945- et pourtant le Général de Gaule, autre accident majeur à l'extension de ce pouvoir, exista bel et bien.
Donc, si je vous lis toujours bien ce dernier était de gauche. Why not. De même que le parti communiste dont tout le monde sait qu'il fut de gauche (j'emploie le passé simple car aujourd'hui c'est plié). D'ailleurs il est toujours de bon ton de stigmatiser la période du terme définitif de « gaullo-comunisme ».
Et la SFIO atlantiste, elle, était de droite, de même que les volapük du centre, ce qui n'a pas empêché ces gens de frayer partiellement ou nous entre eux à l'occasion de ces partouzes certes improbables nommées « discipline républicaine » ou « union de la gauche ».
Conclusion, il y a quand même quelque chose d'anti-géophysique dans les mouvements tectoniques de notre vénérable assemblée nationale.

En vérité, cette distinction gauche droite n'avait déjà aucun sens à l'origine, puisque si vous prenez simplement « la gauche », le fait d'être contre le roi n'était pas un gage de proximité politique.
Entre ceux qui se réclamaient des cordeliers (les disciples de Marat, les hébertistes et les autres), des jacobins (les futurs  girondins  et montagnards, dont la fraction dite des indulgents), pour ne citer que ceux-là, difficile d'y retrouver ses petits indemnes dans l'étripage féroce qui a suivi rapidement au sein de cette grande fraternité proclamée.
Le clivage gauche droite tel que nous le connaissons encore aujourd'hui -il vit ses derniers feux-est né en fait au moment de l'affaire Dreyfus, comme l'a montré de manière je crois définitive Jean Claude Michéa.
C'est bel et bien l'OPA à gauche de la bourgeoisie intellectuelle sur l'ensemble des classes populaires réalisée à ce moment précis qui a déterminé la recomposition du paysage politique en France pour au moins un siècle.
Il est vrai qu'une autre OPA est en passe d'y être réalisée, celle du pouvoir financier global et ses relais internationaux structurels, et que l'ancienne n'a donc plus de raison d'être. La dichotomie gauche droite est donc appelée à voler en éclat comme le reste, et que Monsieur Asselineau ou Tartempion soit de gauche n'a donc plus aucun intérêt.

Asselineau est effectivement le seul à se proclamer sans ambiguïté contre l'UE mais il peut bien se le permettre vu son poids électoral et -permettez moi de vous le dire- de son immaturité politique patente.
Je le répète à tous ceux qui ne me lisent pas (ils me donneront bien raison un jour) il n'est pas possible actuellement d'attaquer frontalement l'UE et sa breloque symbolique appelée euro. S'il s'agit vraiment de détruire l'ensemble, il faudra être sybillin, sournois, vicieux, et je pense au passage qu'un Philippot par exemple aurait toutes les qualités pour ça.
Pour rester sur le FN, je crois en revanche que le projet de MLP d'organiser un référendum sur la question serait un désastre absolu, car même son électorat historique est partagé sur la question.
La solution Jacques Sapir -le recours solennel à l'article 16 comme préalable à la mise en place d'une politique économique- est partiellement à l'ouest de la même manière, s'il laisse le temps aux forces de l'argent d'organiser et lancer une vaste offensive de destruction sur notre pays -comme on l'a vu en Grèce il y a deux ans.
Le recours à cet article ne devra être opéré que de manière brutale -sans annoncer ni consulter qui que ce soit- en réaction face à une spéculation déjà engagée contre la France et viser la question cruciale du contrôle de la monnaie, cela pour mettre la BCE et l'Allemagne au pied du mur.
Soit alors elles se plieront à l'ultimatum (peut de chance qu'elles le fassent) soit elles démantèleront la zone, mais alors il est capital que ce soit elles qui le fassent aux yeux de l'histoire.
Je vous rappelle aussi qu'il y a une personne qui se bat intellectuellement pour ce type de solution et que je vous invite à nouveau à lire -même si je reconnais qu'il n'est guère facile à suivre.

http://www.lacrisedesannees2010.com/2016/10/candidats-a-l-election-presidentielle-saisir-les-premieres-cles-permetant-la-reconstruction-de-la-france.html#anchorComment

Toujours est-il que « la droite » et « la gauche », là-dedans...

PS : En regard de ses commentateurs il est clair que Monsieur Berruyer est un Paul Jorion de gauche. D'ailleurs il m'a viré de son blog quand je signais mon pseudo « Hitlaire ».

BA 07/02/2017 18:46

A propos de l'emploi fictif de Penelope Fillon, le Canard Enchaîné écrit à la une :

« Les enquêteurs n'ont trouvé aucun indice matériel, mais la trace de ses indemnités de licenciement : 45 000 euros ! »

Edition à paraître mercredi 8 février :

Le Canard enchaîné révèle que la femme de François Fillon a touché 45.000 euros d'indemnités de licenciement de la part de l'Assemblée nationale.

"Les flics n'ont trouvé aucun indice matériel du travail de Penelope, mais la trace de ses indemnités de licenciement", écrit le journal sur son compte Twitter et sur sa une au titre mordant : "Une preuve de plus que Fillon sait encaisser !".

Ce montant de 45 000 euros risque de faire augmenter la facture totale de l'argent touché par Penelope Fillon en tant qu'attachée parlementaire. Et l'information intervient alors que l'avocat de François Fillon estime que l'enquête du parquet financier sur les soupçons d'emploi fictif contient des "irrégularités".

http://www.bfmtv.com/politique/penelope-fillon-a-touche-45-000-euros-d-indemnite-de-licenciement-de-l-assemblee-1098389.html