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1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 19:26

Il faut le rappeler souvent, et encore et encore, la situation énergétique des USA est la clef de tout.


Comme dit Jancovici, le plus fort, le caïd, à l'heure actuelle, c'est celui qui dispose du plus d'énergie. C'était les USA. Mais cela n'est plus.
Tout d'abord, partons de la situation des raffineries US.
Le nombre et la capacité des raffineries de pétrole US est inchangé depuis 1973, sauf à la marge, dans quelques raffineries, sans que cela change la donnée de base.
Ils disposent de capacités de raffinages égales à 15 - 16 millions de barils jour, suivant les disponibilités.

Jusqu'à la crise de 2007-2008, la production locale était absolument insuffisante (5 millions de barils), les importations de brut couvraient le reste (10 millions de barils), et cela était encore insuffisant. 4 millions de barils de produits raffinés étaient importés.

Avec la crise, on a noté d'abord, l'effondrement de la demande. Désormais, avec la même capacité de raffinage, les USA sont exportateurs nets de produits raffinés (2-2.5 millions de barils). les américains ont des voitures moins voraces, la consommation moyenne à baissé de 11.5 litres à 9.5, pour stagner à ce niveau, le nombre de voitures pour mille habitants stagne ou baisse, et le nombre de kilomètres parcourus s'effondre. Le merveilleux lotissement perdu au milieu de nulle part n'est plus en vogue. Le vieillissement de la population a aussi fait perdre le permis à pas mal de personnes âgées. Les compagnies aériennes délaissent les lignes les moins rentables.

Et puis, il est de notoriété que les ralentissements/effondrements économiques locaux ont entrainés une baisse significative du fret routier.

La production, quand à elle a augmenté. Les USA possèdent une industrie unique au monde, celle du forage, appuyée sur des libéralités importantes du trésor. Les propriétaires de puits de pétrole bénéficient de primes au forage, et de primes aux puits marginaux (qui sont l'écrasante majorité). En 2005, la production (5 millions de barils) était assurée par 500 000 forages. Ce qui donne une production minime de 10 barils en moyenne par jour et par forage. Sur ces 500 000 puits, 480 000 étaient des puits marginaux (moins de 15 barils de production journalière), subventionnés à hauteur de 9 $/jour. Les indépendants recevaient en moyenne 100 000 $ par an, pour exploiter 33 puits.

Comme ces puits sont amortis depuis très longtemps, ces subventions sont très alléchantes, et le coût d'exploitation est minime. C'est une situation unique au monde. A cela est venu s'ajouter la production de pétrole de condensats (issus de gaz naturel) et de pétrole de schiste. Il y a eu une véritable frénésie de forage. Plus de 700 000, au total, venu s'ajouter au 7 000 puits qu'on creusait annuellement, pour pallier les puits classiques qui s'asséchaient.

La production de pétrole est remontée, de 5 millions de barils /jour, à 9 millions. Mais cette production, elle même, pose des problèmes. Le pétrole de condensats, notamment, est problématique pour les raffineries US, qui fonctionnent au maximum de leurs capacités, et qui sont donc hors d'état de subir les transformations pour traités ces bruts... Beaucoup plus légers. Logiquement, donc, l'exportation de pétrole brut a été autorisé, simplement parce qu'on ne savait pas quoi en faire.

Le gaz naturel, issu de la fracturation hydraulique, s'est retrouvé problématique. La consommation du gaz se fait sur trois secteurs : le chauffage, l'industrie, et les centrales thermiques. Le chauffage et l'industrie ont des consommations peu élastiques. Les centrales thermiques au gaz, elles, étaient sous employées, faute de gaz.  Construites en nombre dans la décennie 1990, elles avaient aussi l'avantage d'être compétitives et modernes, avec une très bonne productivité. Comme le gaz est peu stockable, et qu'il n'y a pas de marché mondial du gaz (la seule manière rentable de l'exporter est le gazoduc), les producteurs l'ont bradé.

La consommation électrique se réduisant, naturellement, les opérateurs du secteur de l'électricité ont arrêtées des centrales thermiques au charbon. Le charbon se stocke facilement, le mettre en tas est facile. Les producteurs d'électricité ont fait massivement des stocks, mais ils ont aussi arrêtés et déclassés beaucoup de centrales thermiques au charbon, anciennes, peu productives, et polluantes, datant quelques unes des années 1940 et surtout des années 1950. Le charbon, lui, voyait sa production (le milliard de tonnes), se concentrer massivement sur cette production d'électricité (800 millions), l'exportation (100 millions) et l'industrie (100 millions) faisant le reste.

Logiquement, la production s'est effondrée, de 300 millions de tonnes, entrainant l'effondrement du fret ferroviaire, et l'arrêt de certaines régions, voir d'états comme la Virginie occidentale.

Cette crise du charbon a été déterminante dans l'élection de Trump, avec les divagations démocrates sur le climat. Il est clair que cette évolution était une lame de fond, qui ne devait pas grand chose aux politiques, mais dont ils voulaient se parer. Déclasser les centrales thermiques au charbon était une mesure technique adéquate. Dans le capitalisme, on doit toujours, un jour, désinvestir ce que l'on a investi.

Le nucléaire. Aux USA, il est en grande souffrance. Les centrales nucléaires s'arrêtent les unes après les autres, pour une simple raison : la non rentabilité.

A cela, comme je l'ai dit souvent, l'EROIE (TRE en Français), ou taux de retour énergétique est très bas aux USA. Le TRE est le nombre de barils obtenus en investissant un baril. A l'origine, on peut dire qu'il était de 100 pour 1.

En 1973, il était de 23 à 30 pour 1.

Aujourd'hui, suivant les pays il varie entre 8 pour 1 et 20 pour 1 pour les pays les mieux dotés. Et l'infrastructure de nos pays sont bâties pour des TRE de 30 pour 1...

La raison pour laquelle D. Trump a été élue est la suivante : les comtés en état de grand stress énergétique ont voté Trump, les villes portuaires alimentées par les navires qui ne subissent pas -encore- le stress énergétique ont voté démocrate. Ils croient encore en la "mondialisation heureuse", qui était aussi celle du pétrole abondant et bon marché. Vous rajoutez un peu de vote ethnique, et des machines à voter trafiquées (grande spécialité du parti démocrate, surtout à NY, Baltimore, Detroit et Chicago).

Le premier signe de stress énergétique aux USA  a été visible dans la débandade vietnamienne, et la décision de non convertibilité du dollar en or, le 15 août 1971. Celle-ci était concomitante au "pic pétrolier" des USA (48 états), qui date justement de 1971. Les fariboles de Reagan, ont été possibles simplement parce que de grands gisements ont été mis en service et exploités aux USA (Alaska), ou dans les états satellites (Mexique et son gisement Cantarell), et l'Alberta Canadien.
Comme d'ailleurs, Margaret Thatcher n'a été qu'une nuisance durable du pétrole de la mer du nord. 140 millions de tonnes, et la moitié en gaz, ça paie toutes les stupidités d'une femme au caractère acariâtre et obstinée, sans doute les premiers signes de la maladie d'Alzheimer, mais qu'on avait pris pour de la détermination.

Trump essaie de faire revivre ce schéma, mais sans doute, échouera t'il. Il agit simplement comme une personne de sa génération, mais est sans doute, un des seuls dirigeants occidentaux à avoir compris que le problème était énergétique.
Dans sa plasticité, la société US, même républicaine, choisie aussi largement l'option du renouvelable. Il ne faut pas oublier, comme je l'ai souvent dit, que le parti républicain a souvent été anti-capitaliste, et que le symbole des grandes compagnies, ce sont les compagnies pétrolières.

"L'idée d'Ugo et de ses copains serait de remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables. Quel est l'impact sur la structure du pouvoir ? Ça dépend du facteur de décentralisation de cette énergie. Si individuellement ou par quartier, on peut se passer de l’État, on peut aussi se passer de son pouvoir."

L'élection de Donald Trump n'est qu'une étape. La durabilité d'un pouvoir s'établira sur la durabilité et sa détermination à apporter des solutions énergétiques, dans un monde où les énergies de ces deux derniers siècles se raréfient et s'épuisent.

 

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Published by Patrick REYMOND - dans Energie
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commentaires

EnPassant 04/04/2017 10:27

Pétrole : les majors quittent en masse le Canada
https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/0211940842831-petrole-les-majors-quittent-en-masse-le-canada-2077238.php

Un virage spectaculaire vers le schiste américain
https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/0211940922911-un-virage-spectaculaire-vers-le-schiste-americain-2077307.php

Feelgood 02/04/2017 09:35

Bonjour,
J'attends avec impatience l'analyse de Patrick R. sur les raisons du vote français 2017 à la Présidentielle et les Législatives en rapport avec l'implantation des votes. Certaines régions de notre beau pays ne semblent pas vivre la même chose que les autres...

Dizemanov 02/04/2017 06:40

formidable travail merci !

Abdel 01/04/2017 23:00

Dans le film Aviator (2004) , Martin Scorsese parle de Howard Hughes : le milliardaire excentrique qui développa TWA après la seconde guerre avec les vol transatlantiques. Ce milliardaire est très connu dans l' aéronautique pour avoir construit l' avion le plus grand du monde dans les années 40 , le Hughes H-4

https://fr.wikipedia.org/wiki/Hughes_Aircraft

il etait considéré comme l' homme le plus puissant du monde dans les années 60:

"vers 1966, il se reprit et diversifia son empire en rachetant des stations de télévision et une série de casinos à Las Vegas, et surtout en se construisant un empire immobilier à partir de Las Vegas."

https://fr.wikipedia.org/wiki/Howard_Hughes

Tout cela pour dire que sa fortune venait de l' entreprise de papa qui avait breveté une tête de forage qui a radicalement amélioré le procédé de forage utilisé pour les puits pétroliers.