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Fin de l'empire Ottoman II ?

13 Juin 2013 , Rédigé par Patrick REYMOND Publié dans #Actualités

Thierry Meyssan a donné son avis sur l'avenir turc, et des révolutions arabes.

 

C'est, comme d'habitude, charpenté et argumenté, mais je diverge sur cette analyse. En effet, je pense qu'Erdogan avait une vraie politique, réaliste.

Liquider les querelles issues de l'ancien empire, rebâtir et retisser des liens avec tous ses voisins, qui avaient de fort cuisants souvenir du dit empire. Et une grande méfiance vis-à-vis de lui.

Bien sûr, il est, comme tous les frères musulmans, néo-libérale.

Mais, pendant un temps, le ressenti de la population était bon. Comme dans l'Espagne de la bulle immobilière. 

ça a pu passer. Bien sûr, le régime n'était pas irréprochable, et si certains étaient mis au gnouf, on trouverait que c'est amplement mérité.

Erdogan a donc épuré, notamment l'armée, qui le méritait sans doute, amplement.

 

Mais il a abandonné toute sa politique prudente de consolidation. Les révolutions arabes ont sonnées, et les FM se sont retrouvés, en bien des lieux, directement de la taule, au palais présidentiel.
Le mouvement, d'ailleurs, était plutôt normal. Ils faisaient l'aide sociale, et étaient l'opposition résolue de sa majesté.

Classiquement, les alternances vont aux opposants.

 

Sans doute, l'ivresse de reconstituer un empire a saisi Erdogan et les FM turcs. Il est encore si proche cet empire ottoman, pas même vieux d'un siècle, il a encore des nostalgiques.

Il y a bien un prix à payer, le néo-libéralisme, et baisser culotte devant Israël, ou mieux, être son meilleur ami. Sous des dehors de condamnation. Et sous la tutelle des anglos.

 

Après cela, on pouvait être des vrais musulmans. Pas d'alcool, pas de cigarettes, du moins, comme le dit Meyssan, tant qu'on n'est pas assez puissant.

Parce qu'en la matière, et pour tous les vices possibles et imaginables, les princes saoudiens sont ... rois.

 

Mais, là où Thierry Meyssan se trompe, c'est bien sur le motif. Sur le coup, ils se sont bien dit, c'est pour une affaire immobilière, qu'ils vont descendre dans la rue.
Beaucoup de révolutions naissent de bêtises insondables qui montrent que sous le calme apparent de l'eau, la menace existait et ne demandait qu'à exploser. Pour un motif ou un autre.

Personne n'aurait dit : "Tiens, aujourd'hui, je vais commencer la révolution". Celui qui fait ça, se suicide. Directement ou indirectement.
Par contre l'incendie qui se propage de lieux en lieux, sous un motif en apparence anodin, et que rien ne peut maîtriser, ça, c'est du déjà vu.

 

Du reste, les dirigeants turcs ont oublié une "petite" chose : la Turquie, ça n'existe pas.

Dans la Turquie Ottomane, les turcs, combien étaient ils ? 1, 2 % de la population au moment de l'apogée ?

 

Et au moment de la guerre, en 1914 ? 20 % ? ou plus vraisemblablement moins ?

Aujourd'hui ? 50 % ? sans doute, c'est plus vraisemblable. Et encore, sur ces 50 %, combien sont ils, ces turcs, revenus de l'empire disparus, et pas vraiment, ou pas du tout turcs, mais simplement, islamisés, dans un temps où c'était pour faire carrière ?

 

Et puis, dire de faire la prière, d'aller à mosquée, de faire des enfants, de ne pas boire d'alcool et de fumer, c'est très court comme programme. QUAND L'ECONOMIE S'EFFONDRE. Que ce soit en Egypte, en Tunisie, en Turquie.

La guerre, d'ores et déjà perdu avec la Syrie, a coûté cher, et réactive les conflits internes.

Kemal Ataturk avait pu faire illusion. A la fin de la guerre, il avait pu s'imposer à des adversaires épuisés, et garder quelques satrapies de l'empire.

 

En outre, ce que Meyssan ne dit pas, c'est que toute guerre avec un voisin, entraîne, pour de longues années, un contentieux, qu'un pouvoir syrien affermi et légitimé ne manquera pas, sans doute, d'exploiter.

Et pourquoi ne l'exploiterait il pas ? La Turquie, finalement, est un château de cartes, avec ses kurdes, ses alévis, ses diverses minorités...
Et dans sa moitié turc, combien, sont en faits, des grecs, des slaves, des caucasiens, des ce que vous voudrez, qui ont été islamisés ?

 

Erdogan s'est voulu empereur ottoman, d'un empire reconstitué. Il aurait pu, s'il avait continué une politique prudente.

L'ivresse de la force, et de la surpuissance, alors que tombaient les régimes arabes, a contribué à créer un empire "virtuel".

Tchaldiran n'a pas eu lieu, aujourd'hui. Et le déboulé turc en Asie a été cassé à la base, et la "croissance", graal du système actuel, est cruellement atteint.

C'est d'autant plus grave que les FM sont des néolibéraux verts.

 

Ils devraient donc, logiquement, être emportés dans la dégringolade globale. Comme l'Arabie Saoudite, et comme le Qatar.
Quand à l'islamisme... Il suivra. Il est trop dépendant de bailleurs de fonds, tout aussi menacés par les mouvements sociaux, que n'importe qui. La religion n'est que le prétexte du contrôle accru des populations.
Mais cela ne remplace jamais une gamelle remplie.

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S
Une grande prudence s'impose dans l'analyse des évènements turcs.<br /> - dans ce genre de circonstances, les FM ont toujours progressé grâce à leur doctrine de charité à l'égard des pauvres dans des Etats en situation économique déplorable. Ces pauvres de ces pays là,<br /> sont les premières et meilleures chaires à canon.<br /> - L'empire ottoman a été l'apogée du panislamisme commencée par les abbassides. C'est donc un rêve qui s'est concrétisé pour les turcs et dont bon nombre s'y croient encore, comme certains des<br /> nôtres pensent encore à l'Empire colonial.<br /> - Les généraux quoiqu'on en dise, ont été seuls capables de poursuivre l'idéologie de Kamal. Si un Erdogan était arrivé plutôt, nous serions face à une république islamiste bien plus redoutable<br /> proches des Princes pétroliers. Ce bon Lawrence n'aurait pas eu raison d'être.<br /> - Le sort de la Syrie dépend de la ruine de la Turquie. C'est un long combat de la reprise du pouvoir sunnite considéré comme droit divin à l'encontre des alouites méprisés comme étant des<br /> mécréants et ennemis de l'islam depuis toujours.<br /> Ce sera un point chaud ajouté aux problèmes irakiens et iraniens. La guerre religieuse est plus périlleuse que jamais dans des conditions économiques graves.<br /> Les russe et chinois défient le bloc us. Les européens comptent les mouches comme d'habitude.
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