ANNOTATIONS SUR LE DERNIER ARTICLE DE GAIL TVERBERG
Je me livrerais ici à des commentaires sur l'article de Gail, ici cité.
- Notre économie est extrêmement complexe, et de nombreux jeunes obtiennent des diplômes universitaires. Encore faut il s'entendre sur l'utilité intrinsèque de moult diplômes. En réalité, ils n'ont aucune valeur, et ce n'est qu'un chômage larvé. Comme l'était le service militaire en France à partir des années 1970. 300 000 jeunes qu'on ne comptabilisait pas comme sans emploi.
- Chaque jour, soyez reconnaissant pour les nombreuses choses que vous possédez . Traduction : vous ne pourrez plus les remplacer, comme avant, la notion de déchet disparait, et tout est réutilisable et réutilisé jusqu'au bout. Simple exemple de la consignation du verre.
- Dans la mesure du possible, évitez vous-même tout conflit. Là, je suis en désaccord. un vieux proverbe occitan disait "Qui a terre a guerre". Le déclin de l'économie rural l'a un peu masqué, mais il existe de grandes difficultés pour acquérir des terres. Je dirais qu'il faut éviter de se faire des ennemis pendant les temps troubles, mais le simple bon sens dit qu'il faut éviter de s'en faire que de trop. Mais dans un second temps, ce n'est pas un mauvais calcul que de devenir le psychopathe du quartier. Ou d'être du dernier bien avec lui.
- Quelques biens et services de grande valeur peuvent certes être expédiés sur de longues distances, mais les modèles doivent évoluer pour rapprocher la production de biens et de services de leur consommation. C'est l'une des principales raisons des conflits actuels entre les pays. De fait, c'est le retour à un commerce international de quantités réduites et de grosse valeur, rien d'étonnant.
- les gouvernements ne peuvent plus continuer à fournir autant de services qu'ils l'ont fait ces derniers temps. En fait, ce qui est en cause, ce n'est ni la retraite, ni l'éducation, ni la santé. On peut fournir tout cela à prix très réduits, avec production locale, mais c'est le marché mondial et même les marchés nationaux qui peuvent poser problème. Dans le cas des USA, le pays est trop grand pour ne pas se fragmenter en au moins 6 ou 7 "économies monde", comme aurait dit Fernand Braudel. Les pays européens eux mêmes peuvent sans énergie avoir des intérêts économiques divergeant comme en a déjà l'union européenne. Beaucoup de programmes gouvernementaux doivent être réduits, mais ils peuvent aussi changer notablement de formes, pour devenir beaucoup plus économes. Pendant la seconde guerre mondiale et la première, les maires assistaient énormément la population, par le biais de locations de terres, de distributions de semences, voire d'outils. C'est pendant aussi cette période de ruine complète que retraites et soins médicaux gratuits ainsi qu'allocations familiales furent crées, car les gouvernements savaient bien que sans ça, ils ne tiendraient pas.
- La simple impression de monnaie pour tenter de résoudre le problème entraînera probablement de l'inflation. L'inflation est déjà là depuis longtemps. Aujourd'hui, l'once d'or est à 3368 $ et 2924 euros. En 1970, l'once était à 35 $ soit moins de 27 euros. Ce n'est pas l'or qui a progressé. C'est la monnaie de compte qui a valeur fondre. Ce phénomène va s'amplifier, et le seul moyen de le ralentir, ce sont les concours non remboursables des banques centrales, ou impression de monnaie sans intérêts. Ce sont les intérêts qui gonfle le plus les dettes publiques.
- Attendez-vous à une diminution de la complexité à l’avenir. Question dette, on revient sur la remarque précédente. La solder pour les gouvernants est facile. On revient à la monnaie permanente et on abandonne la monnaie dette. Dans ce cas de figure, les émissions de dettes ne se font que dans la mesure où il s'agit d'éponger les excès d'impression. Après, rajouter des zéros à des billets n'est pas un problème insurmontable, ni, non plus, remplacer la monnaie par une nouvelle à raison de 1 pour 100 ou pour 1000. En France, on a toujours eu un problème vis-à-vis de la monnaie allemande, qui, sur long terme, s'est avérée bien plus faible que le franc.
- Les gouvernements fournissent une large gamme de services, notamment des régimes de retraite et des soins de santé. Produire des médicaments sur place n'est pas compliqué, et peut être adapté au pouvoir d'achat local, et non être au service de grandes compagnies, qui produisent chère, des médicaments au mieux égaux, au pire nocifs et criminels. En France, devant les pénuries, certaines pharmacies avaient commencé à produire des antibiotiques. Ou du moins à les conditionner. Le seul problème des pays occidentaux, c'est d'avoir misé exclusivement sur l'économie de marché. Sur certains créneaux, c'est certes, plus efficace, mais dans d'autres, c'est le problème. Pour l'assistance aux pauvres, au malades et aux vieux, Charlemagne avait crée la dîme, c'était en l'an 800, et c'était un budget considérable. Après se pose le problème de son utilisation sur long terme, et le détournement. De plus, dans le livre "Montaillou, village occitan", la vie quotidienne au début du XIII° siècle indique une vie active peu intense. En effet, au niveau agricole, s'il existe des périodes de surchauffe, environ 3 mois par an, le reste de l'année est quand même loin du surmenage. Quand les états commenceront à imposer lourdement leurs populations, la double activité deviendra la règle, pour disposer d'argent pour payer les impôts royaux. En effet, les impositions de l'église et de la noblesse, en général, se paie en nature.
-Agriculture avec de nombreuses semences hybrides, herbicides, insecticides et amendements du sol. De fait, c'est l'agriculture industrielle qui pose problème. L'agriculture jardinière elle, peut être très productive, et les échecs de Gail et d'autres, veulent surtout dire qu'il y a beaucoup de choses à savoir et à apprendre, et qu'on ne peut le faire seul. On bute sur les problèmes multiples et ils ne cessent de se multiplier. En groupe, on apprend, et on mutualise les moyens, les ressources, qui deviennent dès lors, beaucoup plus abordable. Personnellement, j'aurais payé le BRF (Bois raméal fragmenté) dans une grande surface, que j'ai pu mettre dans mon minuscule jardin, j'aurais été ruiné et j'aurais pu me nourrir pendant des années avec ce que j'aurais dépensé. Là, c'était gratuit, et on m'a dit merci en plus.
- Attendez-vous à ce que moins de biens et de services soient disponibles à l’avenir et que l’argent ait moins de valeur. Les hommes étant les hommes, l'argent aura toujours de la valeur, mais ce sont les postes de dépenses qui seront différents. Et notamment, on cherchera et on cherche, déjà, à réduire les postes de dépenses considérés comme inutiles. Après, il faudra passer beaucoup de dépenses de la rubrique "indispensable", à la rubrique "superflue", on peut citer, les départs en vacances, les voyages et en gros toutes les dépenses de plaisirs nécessitant des dépenses.
De fait, comme on peut penser que les villes vont devenir invivables, des immeubles avec ascenseurs ont une furieuse tendance à se trouver dans les endroits où la population est la plus concentrée.
- Concentrez-vous sur le présent, pas sur le passé ou le futur. Le meilleur moyen d'être dépressif, c'est de regretter le passé et de vouloir prévoir un avenir incertain. Mais j'ai un bémol. Un bon métier manuel est une assurance vie. J'ai des ancêtres qui étaient, en 1890 charpentiers, un partie de la famille l'est toujours. Mais le meilleur est dans la suite. En 1480 la même famille, au même endroit, c'était déjà des charpentiers.
- Vivre en groupe, notamment en famille, aura de plus en plus de sens. Effectivement, les dépenses contraintes de logements sont de moins en moins lourdes quand il y a de plus en plus de bénéficiaires.
- Les jeunes ne devraient pas s’endetter pour poursuivre des études supérieures. Ce problème est surtout américain et anglo saxon, et peu européen. Il faut aussi se poser la question de l'utilité des études supérieures. Utilité économique et utilité sociale. L'avocat, lui, n'a pas d'utilité véritable.
- Les gens devront faire preuve de plus de flexibilité dans leurs choix de carrière. Effectivement, les personnes n'ayant aucun lien avec les métiers productifs auront du souci à se faire : professeurs d'université, d'analystes boursiers et de programmeurs informatiques. La bourse aura disparue, l'informatique se limitera fortement, et les professeurs d'université, simples gardiens de chômeurs en attende, disparaitront en grande partie. Déjà sur les chercheurs spécialisés dans la théorie du genre on a tiré la chasse. Démanteler tout une structure économique pour en récupérer les morceaux, c'est du déjà vu à la fin de l'empire romain. La surface des villes a diminué de 90 % pour certaines, elles ont été enfermées dans des remparts, et les maisons faisaient 3 étages de hauteurs et 3 de profondeurs, ce qui remplaçait le réfrigérateur pour la conservation des aliments. En fait, ce sont les opportunités qui décideront des métiers, certainement avec un métier de base. Mais ils seront tous pénibles et assis sur la force physique et/ou du savoir faire.
- Les gens devraient se concentrer sur le soin de leur propre santé en mangeant sainement et en faisant suffisamment d’exercice. Déjà, si on regarde des photos des années 1960, on voit une nette différence d'embonpoint, et les gens n'étaient pas victime d'un lobby de la nourriture industrielle. En reliant cela à des métiers pénibles ou exigeants physiquement, on aura sans doute, une bien meilleure santé sans médicaments, et sans dépendre d'un lobby médical, acharné à tondre ses clients, toujours un peu plus qu'hier et moins que demain.
- Planter un jardin modeste, dans la mesure du possible, est probablement une bonne idée. "Nous avons besoin d'une passerelle vers une agriculture durable, mais j'ai du mal à en imaginer une pour l'instant". De fait, il faut consulter le passé. Dans la France du XVII°siècle, si l'on regarde les statistiques inventées depuis peu par Vauban, maréchal de France et spécialiste de la polyorcétique, le vrai agriculteur existe assez peu, même dans une population rurale à 80 %. Il ne dépasse pas la barre de 25 % de la population, et encore, en comptant les vignerons et leurs minuscules parcelles, en moyenne 3 hectares. La plupart des gens n'ont qu'un jardin, aussi grand que possible, Une grande exploitation, en 1787, c'est 10 hectares, et ça occupe une famille au complet, qui elle, n'exerce pas une double activité. La plupart des autres personnes sont doubles ou triples actifs, pour une bonne et excellente raison.
A partir du moment où le pouvoir royal réorganisé peut pacifier le royaume, chasser les anglais, il crée un impôt pour solder son armée, et la discipliner. Et pour payer le roi, il faut absolument des espèces.
Redevenir jardinier ne se fait pas sans peine. Il faut d'abord des solides connaissances, et un savoir faire certain, et limiter ses ambitions, dans un premier temps à ce qui est facile. Le biais des associations de jardiniers semble efficace.
L'économie villageoise aussi, nécessite de la coopération, à plusieurs niveaux. Dans un premier temps, pour acquérir les compétences, ensuite pour se procurer notamment les engrais. Le jardin du XVI° siècle est intensif et dévore aussi la main d'oeuvre. Mais on dispose aussi de plantes pouvant pousser facilement, y compris sur terrain pauvre, comme le topinambour, ou plus riches, comme la pomme de terre, et l'histoire de la seconde guerre mondiale a prouvé qu'avec un nombre réduit de produits, la population a pu passer le cap sans trop mourir de faim. Mais le jardin, même bien mené, rendra difficilement autonome.
Il y aura aussi la question de l'eau. Les cartes de Cassini du XVII et XVIII° siècle indique une exploitation maximale du moindre écoulement d'eau et de nombreuses retenues d'eau et de mares, fournissant énormément de poisson. Les contrats de travail du moyen âge interdisent le poisson plus de 4 fois la semaine. Preuve qu'on en avait beaucoup. En fait, sur le moindre écoulement, les mares se succédaient les unes aux autres. Pour les créer et les maintenir, il fallait beaucoup de main d'oeuvre, les services croisées rendus et et donnés. Ces retenues, ont disparues petit à petit faute d'entretien, parce qu'il n'y avait plus de population rurale pour le faire, ou, du moins, plus assez, et elles gênaient, comme les haies, la mécanisation.
De même, de nombreux incendies forestiers actuels, sont dû au fait qu'il n'y a plus de population rurale pour exploiter les bois et les entretenir. Dans les incendies de LA, on peut voir une méconnaissance complète de la population, de règles élémentaires d'entretien ou de plantations aberrantes (Eucalyptus !). Toute cette responsabilité est rejetée sur des services spécialisés de pompiers, toujours insuffisants. J'ai d'ailleurs assisté à l'incendie de parcelles embroussaillées l'année dernière. Ce qui l'a arrêté, ce ne sont pas les pompiers, mais quelques parcelles de jardins encore cultivées.
- Observation finale : Pourquoi se tenir à l’écart du conflit est une approche appropriée. De fait, ça ne sera pas possible. Le voisin sera le plus souvent, de trop. La France jusqu'au XVIII° siècle, bien que prospère, a eu du mal à franchir le "seuil de densité 40" (habitants au km2) soit une vingtaine de millions d'habitants. Certaines régions faisaient plus, mais elles étaient rares et par rapport à l'économie actuelle, répulsives. l'Actuel parc du Livradois Forez, 120 habitants au km2, montagnes d'Ardèche (Culture de la châtaigne), 120 habitants au km2, Haute-Loire, 100 habitants au km2. Les grandes plaines céréalières actuelles pouvaient être totalement vide. Comme la Champagne actuelle qui n'est devenue une zone céréalière qu'après 1945. Pourquoi ces zones étaient très peuplées ? Elles alliaient industrie et micro-agriculture.
On compte aussi énormément de zones de prairies permanentes, impropre à la culture. C'est pour cela que je ne crois pas à la disparition de la consommation de viande. Certains espèces comme le canard sont très utiles aussi aux jardins, elles exterminent les insectes sans ravager, poules et cochons peuvent être alimentés avec les restes.
Le riche, aux époques anciennes, c'est celui qui a des réserves alimentaires.
Les codes religieux sont aussi une manière de maintenir de l'ordre sans forces de police importantes.