DELIRE NOBILIAIRE
Tout le monde l'aura remarqué, je commente régulièrement les articles de Gail Tverberg. Le dernier article m'a amené à faire les remarques suivantes :
"Le système financier actuel permet de nombreuses promesses de biens et de services futurs. .../...
Toutefois, la quantité de biens et de services physiques pouvant être produits devrait diminuer dans les années à venir en raison de l'épuisement des ressources".
Le constat n'est pas neuf, il a déjà été fait par le révolutionnaire bien connu Saint Just (1767-1794) avait déjà parlé de "l'excès du signe", en 1793, à 4 ans de la banqueroute des 2/3 de 1797. Et le changement de monnaie. L'inflation conjugué à une chute drastique de la production, a entrainé la férocité de la terreur. Les ventres creux n'ont plus de raison et plus d'oreilles, l'ancien régime, même s'il entrainait des mécontentements certains arrivaient à remplir les gamelles de mieux en mieux jusqu'au jour où il n'y arriva plus.
Emmanuel Todd, dernièrement, riait beaucoup de la dette. Pour lui, c'est plié, notamment pour les "détenteurs non résidents", et disons le clairement : "détenteurs étrangers dont on a rien à cirer". En effet, entre le citoyen furieux et l'étranger lointain, il n'y a pas photo. 50 % de la dette est détenue ailleurs et 1/4 par la banque de France, susceptible d'être annulée par un jeu d'écriture.
Et puis, comme ce sont les riches qui détiennent la monnaie, ce seront eux qui perdront le plus. Toujours dans les propos de Todd, qui leur conseille de prendre une grosse perte et de garder une petite partie de ce qu'ils peuvent sauver.
"Le système économique actuel nécessite, pour fonctionner correctement, une augmentation des approvisionnements énergétiques et de l'endettement. Nous sommes aujourd'hui confrontés à des limites, tant en ce qui concerne les approvisionnements énergétiques mondiaux que la dette publique américaine. Les secteurs de l'économie mondiale les plus touchés par ces limites devraient bientôt se contracter".
L'endettement, lui, n'est pas un problème. Il suffit de rebattre de la monnaie permanente, au lieu de monnaie dette, celle-ci ne prêtant pas à intérêts. Quand ce système était utilisé, la dette publique ne servait qu'à éponger le surplus de circulation fiduciaire ou scripturale. La dette publique française, de 1924 à 300 milliards de francs, n'était pas plus importante que celle de 1913, à 60 milliards. L'inflation avait fait le reste, et la taxation à 90 % de ces revenus (sous une chambre parlementaire très à droite) avait simplement permis de maintenir les versements d'intérêts au niveau antérieur en francs courant, et très inférieurs en francs constants.
L'impossibilité au parlement français de voter un budget montre l'impossibilité de continuer la politique menée depuis 50 ans. Cela consister simplement à taper sur les moins fortunés mais d'une manière mesurée, afin de ne pas créer de fortes réactions populaires. ça grognait, ça grognait dans des manifestations et dans les urnes, jusqu'à ce qu'un autre branquignol vienne remplacer l'ancien et continuer la même politique, avec un "vote castor faisant éternellement barrage", anti-extrême droite.
Les gouvernements peuvent créer de la monnaie en multipliant les promesses, mais ils ne peuvent pas créer de biens et de services de la même manière.
Dans le film "La tour Montparnasse infernale", pastiche s'il en est, à un moment, les deux compères Eric et Ramzy des zéros sur les billets de banque. Rien de plus facile de le faire en imprimerie. Tout le monde a oublié les temps anciens où le gouvernement décidait de démonétiser comme ça lui chantait, annulait la dette sans souffrir outre mesure.
De plus, il faut signaler qu'à l'époque des "pré-révolutions industrielles", qui commence en gros au 14° siècle jusqu'au 18°, la croissance n'est pas inexistante, mais très faible comparée aux standards actuels, c'est à dire qu'elle se situe entre 0.2 % et 0.5 % l'an, correspondant à une diffusion lente du progrès technique.
L'augmentation de la dette n'est pas bénéfique à aucun moment, elle marque simplement le déplacement de la valeur ajoutée vers le 1 % dominant l'échelle sociale, que tous les gouvernements "progressistes", et "de gauche", se sont bien gardé de contrarier, notamment par le retour à la monnaie permanente.
Il est frappant de constater que les pays qui n'ont pas fait défaut sont, dans leur grande majorité, ceux qui ont connu une croissance.
Parlons clairement, comme toujours, quand la croissance faiblit, le défaut pointe le nez. Et qu'aucune croissance n'est éternelle.
De fait, comme j'ai dit pour les "pré-révolutions industrielles", chapitres abordées en histoire économique, la croissance d'avant le fossile, était bel et bien là, mais se situait en moyenne entre 0.2 et 0.5 %. Dès la controverse entre Jean Bodin et Jean de Malestroict qui fonde en 1576 la science économique (qui n'est pas une science), on s'est aperçu de tendances longues et lourdes.
D'abord, les crises économiques sont des crises d'endettement souvent, de subsistance aussi. La croissance économique à 0.5 % ne permet en aucun cas de payer des taux d'intérêts ne serait que de 3 %, encore moins de 15 %.
Ensuite, la diffusion du progrès technique permet une certaine émergence de la consommation, dans le cas de la controverse, la question du velours, passant du stade de tissu princier à celui de beaucoup plus commun, pour n'être à la veille de la révolution, plus qu'un faire valoir relatif face aux populations rurales.
D'abord, les budgets sociaux ont été loin d'être inexistant au cours des siècles. L'assistance aux pauvres, aux vieux et aux invalides, remonte à la dime et à Charlemagne, et elle a été longtemps, relativement correctement dépensée.
Le problème le plus évident de nos jours, c'est que le fossile a crée chez beaucoup de membres de la société un délire nobiliaire évident. Les gros excédents les permettaient, et le goût du luxe ressenti comme "une nécessité vitale et virale", s'est répandu dans la société. Normal de voyager loin et en avion, d'avoir une chambre par enfant et des maisons de plus en plus grandes, avec, évidemment, la piscine, les restaurants, et j'en passe et des meilleurs.
Tout cela est vécu comme un "minimum vital", alors que le minimum vital ancien, c'était la taxation du prix du pain, son plafonnement, et la retraite sous la révolution française, avoir de quoi manger toute l'année. A noter aussi, que le fait de créer ou non, une retraite dépendant du fait politique, et non d'une possibilité de le faire ou pas. Le maréchal Pétain, décrète en 1941 la "retraite des vieux", en suspend depuis des décennies, avec toujours le même leitmotiv, c'est que ça serait trop cher. En 1941, le pays est dans les faits, complétement ruiné. Même si la retraite annoncée par Pétain sera modeste, elle a quand même franchie l'écueil du "on ne peut pas se le permettre".
Médecine, non plus, n'est pas lié au fossile, mais les classes sanitaires ont prises, elles aussi, de mauvaises habitudes de train de vie nobiliaire.
Des pays très pauvres peuvent avoir des industries pharmaceutiques compétitives, des médecins bons et mal payés.
Le problème des pays dits développés, en fait, en voie de sous développement pour parler poliment de l'effondrement économique, c'est que la consommation énergétique a été transféré de l'industrie, vers la consommation de plaisirs tout court, et le délire nobiliaire qui en est le corollaire. Il fallait "tenir son rang".
Tenir son rang, c'est avoir des aspirations, d'un certain milieu, et c'est simplement du conformisme. Il faut voyager pendant ses vacances et s'en vanter, même si ces vacances loin se sont mal déroulées.
Les pays qui ont décollés ont de la croissance, parce qu'ils ont encore de l'énergie, qui plus est, beaucoup plus habilement dépensé que chez nous, où cette énergie dépensée ne sert pas à produire, mais à entretenir ce délire nobiliaire, une activité économique tournée vers l'hédonisme, et non la production.
Essayer d'ouvrir un poulailler en France, et vous verrez, même si vous n'avez que 6 poules, ouvrir un poulailler de 200 poules, chiffre modeste, cela relève de l'exploit. Total, on importe la moitié de la consommation de volailles...Par contre, le gros des entreprises crées et qui perdurent, ce sont les gites ruraux. Et encore, eux mêmes ont ils du mal parfois à se lancer.
Donc, la suite est logique, un pays qui a supprimé son industrie en bonne partie, doit à terme réduire sa dépense énergétique, face à des concurrents bien fournis en charbon notamment. Prétendre que son mode de vie est non négociable est une absurdité notable.
Qui ne produit pas n'aura rien à échanger, une fois son or épuisé.