EN REPONSE A GAIL TVERBERG ARTICLE DU 12 MAI
- La guerre contre l'Iran se déroule mal. Il est difficile d'approvisionner les troupes américaines en vivres et autres produits de première nécessité. L'été approchant, la région deviendra bientôt un terrain encore plus hostile aux troupes au sol. Un problème sous-jacent réside dans le fait que l'économie mondiale atteignait déjà ses limites en matière de ressources avant même le début de la guerre contre l'Iran, ce qui ne fait qu'aggraver les difficultés.
En fait, elle se présente encore plus mal que cela. L'Iran a détruit toutes les bases au sol, et sur Israël, sans doute, toute la logistique. Les ports, les aéroports militaires, le stocks de munitions voire de nourriture de Tsahal. On est clairement dans une surextension impériale, déjà visible auparavant, et les positions militaires si avancées sont intenables. Bientôt les USA n'auront pas d'autre choix que le repli, c'est à dire accepter la défaite, faute de rotations d'unités. Et les unités de remplacement, ils ne les ont visiblement pas, et les soldats n'ont pas le moral.
-Il est donc impératif de réduire les échanges internationaux de ces carburants -diesel et kérosène- afin d'en libérer davantage pour l'agriculture et l'industrie.
C'est ce que j'appelle l'usage futile et inutile, c'est à dire, le transport aérien, et beaucoup de transport maritime. Pas plus tard qu'hier, au super-primou géant, je voyais moult légumes arrivant d'Afrique, qu'on aurait largement pu cultiver ici, et qu'on cultivait chez nous il y a 50 ans, le fameux circuit court. C'est le passage du marché d'acheteur à celui de vendeur. Là, le vendeur devient le caïd. Et le seul moyen de l'amoindrir, c'est de produire.
-le Dr Marandi estime que la Chine pourrait très bien être le pays capable d'exercer une pression suffisante sur les deux camps pour les amener à accepter une solution proposée. Il affirme que la Chine a agi en coulisses pour obtenir le cessez-le-feu et que Trump a reconnu le rôle de la Chine.
De fait, l'Iran a gagné la guerre. Elle peut tenir encore longtemps, tout ce que Xi peut obtenir, c'est que les USA ne perdent pas la face. Comme l'effondrement du système éducatif américain est patent, la majorité de la population croira ce que la télé racontera.
Partage du monde ? Mauvaise option. Même la Chine est trop légère pour maitriser l'eurasie et l'Afrique, même si elle est importante dans l'optique d'une médiatrice bienveillante, qui assurerait une prépondérance, comme on disait en Europe jusqu'au XVIII° siècle. C'était dans un système politique westphalien.
- Le monde ne dispose pas d’assez de diesel et de kérosène pour maintenir le niveau actuel des échanges commerciaux à travers les océans Atlantique et Pacifique.
Il est clair que la donnée "stocks", s'est inversée. Avant, on se demandait comment dépenser une ressource croissante, raison pour laquelle on l'a utilisé dans des transports par forcément utile, mais représenté comme de la "liberté". En fait, il y a quelques décennies, les grandes entreprises cultivaient sur leur propre sol un symbiote de petites et moyennes entreprises sous traitantes pour n'être pas en situation de dépendance. Dans la mondialisation heureuse, on a abandonné toute prudence au profit d'un fournisseur unique et lointain. Avec les coûts de transports en plus.
De fait, le voyage en avion, pourra largement se faire remplacer par le voyage en train, pour l'automobile, c'est moins net. En effet, l'automobile même avec un prix de l'essence onéreux est toujours moins cher que le train ou le bus, quand l'automobile a toutes ses places occupées. Du moins, tant qu'il reste du goudron sur les routes.
- Si l’on considère la population et les approvisionnements en pétrole, les Amériques semblent susceptibles de s’en sortir quelque peu mieux.
De fait, je n'ai pas cet optimisme sur les USA. En effet, le pays est énorme, clairsemé le plus souvent, et cela peut devenir un lourd désavantage. C'est la situation de la France du XVIII° siècle ; protégée à la fois par ses forteresses et son immensité, mais largement plombée par elle. De plus les populations américaines du nord et du sud ont une certaine tendance et une habitude à bouger beaucoup plus que les populations d'autres continents. Lors du covid, des passagers achetaient des vols vers nulle part, qui revenaient à leur point de départ. On imagine la profondeur de l'intoxication, et la violence du sevrage.
- Les changements, tels que la mise en place de nouvelles chaînes d'approvisionnement et le déplacement des principales zones de population, ne peuvent s'opérer rapidement. Toutefois, je pense que certains des principes fondamentaux qui ont guidé ces décisions par le passé continueront de les guider à l'avenir.
Je partagerais plutôt l'avis de Ugo Bardi sur la falaise de Sénèque, et la possibilité d'une transition brutale n'est pas à exclure. J'avais communiqué avec Gail sur "la France sous l'occupation", où l'histoire d'un sevrage énergétique brutal de mai/juin 1940, avec des ressources pétrolières proches de zéro, et des ressources en charbon diminuée de moitié, avec des tickets de rationnement représentant la moitié d'une ration de survie...
Les principales zones de population peuvent aussi s'opérer rapidement, mais avec un niveau de confort sans commune mesure avec l'actuel. Et une redécouverte à faire de moult technique ancienne de survie et de construction. Le travail forcé, l'esclavage ou la corvée qui existait jusqu'au XVIII° siècle était courant, et l'exploitation des cours d'eau, maximum, soit pour les moulins, soit par l'existence de maintes mares artificielles où l'on exploitait le poisson abondant, et la quenouille pour fabriquer la farine. Les cartes de Cassini indiquent de nombreuses mares dont l'entretien exigeait une main d'oeuvre abondante.
- En général, l'électricité a été la dernière source d'énergie introduite, après le charbon, le pétrole et le gaz issu du charbon. L'électrification a d'abord été mise en œuvre dans les villes ; puis des lignes de transport d'électricité ont été installées pour alimenter les zones rurales.
Là, Gail commet une erreur. En Europe, les moulins et les canaux d'irrigations étaient nombreux, quand le charbon a disqualifié ces installations, elles ont été immédiatement réutilisé pour fabriquer de l'électricité, et l'électrification a d'abord concerné les zones rurales AVANT les zones urbaines. Les réseaux étaient locaux, consommaient peu, souvent une seule ampoule par logement (Au départ, on payait l'électricité au nombre d'ampoules), mais le succès rural a été rapide. Après, ce que l'on a appelé en France "l'électrification des campagnes", cela a consisté à finir le travail dans les années 1930, et surtout à regrouper les compagnies d'électricité, d'abord dans 1000 à 1200 compagnies, avant, en 1945, de fusionner le tout dans la compagnie EDF, en laissant quelques opérateurs historiques importants subsister. Mais il est clair que l'électrification en France a d'abord concerné les campagnes AVANT le milieu urbain, qui lui, fonctionnait au gaz. Produire dans un lieu proche me semble plus indiqué. Mais là, l'électricité deviendrait un sujet très polémique en France, car elle l'hydro-électricité en France est surtout une production de montagnes assez éloignées des grandes villes. Massif central, Alpes et Pyrénées sont les plus gros producteurs. Pour ce qui est de centrales nucléaires, sans pétrole, il n'y a plus d'uranium.
- Si les ressources énergétiques sont limitées, je m’attends à ce que les centres de population les plus proches des sources de combustible soient particulièrement favorisés.
Dans le contexte français, c'est la partie sud du Pays qui serait concerné pour l'électricité, notamment le massif central et les populations verraient très mal être privé ou subir de coupures au profit des régions parisiennes, Lyonnaises ou toulousaines. D'autant plus que dans des grandes villes comme Paris ou Londres existent des mouvements sécessionnistes qui ne veulent plus cohabiter avec les ploucs de l'intérieur. S'ils ne veulent plus cohabiter, il faudrait faire aussi sans leurs ressources. Inutile aussi de compter sur leurs bois, leurs ressources agricoles. En effet, les grandes exploitations agricoles de l'ère du pétrole ont totalement et épuisé les sols dans les plaines qu'elle exploitaient. Dans le massif central, abandonné largement, les sols se sont notablement boisés et améliorés. Presque 3 générations de repos en feront une terre de cocagne.
-Je crains qu’une importante récession économique ne soit nécessaire dans les mois et les années à venir, mais j’espère que la rencontre entre le président Trump et le président Xi les 14 et 15 mai pourra faciliter les choses.
Pour la récession, on y est. Pour le mois de mai, le premier ministre a annoncé une baisse en France de 30 % de la consommation de carburant.
Dis moi ce dont tu as besoin, je te dirais comment t'en passer.