Une définition économique simple...
9 Décembre 2009 , Rédigé par Patrick REYMOND Publié dans #Economie
En effet, un bien possédé n’a de valeur qu’au moment de sa réalisation, une créance a toujours un caractère incertain.
Y compris la monnaie, dans certains cas extrêmes.
Par contre, la dette a une autre caractéristique : elle est certaine.
Une monnaie peut perdre une bonne partie de sa valeur en un clin d’oeil, si la dette est libellée dans une autre monnaie qui, elle, se maintient et augmente : on a alors un effet de ciseau, provoquant l’insolvabilité.
C’était pour parler d’un article bien comme il faut et propre sur lui, paru dans Le Figaro : « Le patrimoine des français augmente [accrochez-vous] de 0,6 % à 10.200 milliards d’euros ».
Il est composé aux 2/3 d’immobilier, soit 6.800 milliards.
En réalité, cette valeur est largement fictive et d’un renouvellement très lent.
Elle est fictive, car même en période de bulle immobilière, on n’a pas atteint les 900.000 ventes en France, pour 30 millions de logements. On atteindra sans doute à peine les 600.000 cette année et moins encore l’année prochaine.
Le taux de rotation des biens, avec le recul des transactions, est passé de 35 à 50 ans.
Le reste, 3.400 milliards d’euros, ce sont des placements financiers, en grande partie en assurance-vie.
Les épargnants ont mis au pot, cette année, 70 milliards dans l’immobilier et 120 dans les placements financiers, et c’est là que le « hic » apparaît.
61 milliards de progression seulement (+0,6 % pour arriver à 10.200 milliards) pour 190 milliards d’épargne. Il existe un hiatus.
En outre, l’élément « passif » – les dettes -, augmente, lui, de 3 %.
La conclusion est simple : les dettes augmentent plus vite que le patrimoine, et celui-ci augmente moins que l’épargne. On a donc une situation de bilan pourri.
Pour renforcer cette impression de pourriture globale du bilan, parlons du surendettement.
Le nombre total de surendettés est passé de 250.000 en 1989 à 750.000, pour un montant moyen de 40.000 euros, une somme deux fois plus élevée qu’en Belgique ou en Allemagne.
On avait, jusqu’à présent, un plafonnement du nombre de nouvelles « faillites ». Or, plus de 200.000 dossiers ont été déposés depuis un an.
Le nombre de ménages aux ressources insuffisantes augmente, les « mauvais gestionnaires » et les acheteurs compulsifs sont beaucoup plus rares.
Et encore, cette approche est-elle, en elle-même, très insuffisante. En effet, la dette accumulée devient ingérable bien avant le dépôt du dossier de surendettement.
Quand on a des revenus inférieurs à 1.000 euros par mois, même une dette de 5.000 euros seulement n’est pas rattrapable.
On peut donc estimer que les ménages en situation patrimoniale négative, sont beaucoup beaucoup plus nombreux que ne l’exprime le chiffre du surendettement.
En outre, la fréquente impossiblité, pour les ménages propriétaires immobiliers, d’accéder à la procédure de surendettement, est, elle aussi, un élément de bridage (ceci devrait faire l’objet d’une réforme l’année prochaine).
A signaler enfin : souvent, les ménages ne sont endettés que de pénalités, intérêts, etc. Ils ont remboursé le principal du prêt, mais n’ont jamais pu se dégager de l’usure.
Pour résumer, tous les bilans représentant la société française sont fictifs : ceux des ménages, mais aussi ceux des banques ; car il est clair que si les ménages sont en faillite, elles le sont aussi.
Pour ce qui est de l’Etat, il est, dit-on, endetté. Mais, lui aussi, uniquement de ses intérêts.
Nous sommes dans la situation du « encore un instant, monsieur le bourreau », essayant de gagner un peu de temps, en relâchant les conditions de faillite des particuliers, mais pas trop, essayant de renflouer les banques, essayant de ne pas avouer que la loi de 1973 sur les déficits publics était une hérésie.
Pas de syndrome révolutionnaire ? Quand arrive la Révolution française ? Au moment où on parle de la défaillance sur la dette, et où elle devient inévitable.
La vérité commence à apparaître : l’immobilier, ce n’est pas liquide.
On verra aussi qu’en cas de panique, avoir un contrat d’assurance-vie, c’est très risqué, et qu’il est même très risqué d’avoir de l’argent en banque : il n’y a, tout simplement, pas assez de monnaie fiduciaire, de billets et de pièces pour couvrir l’encours, et en aurait-on assez, qu’on mettrait les banques privées en faillite.
Dans un bilan, d’entreprise ou de particulier, on verra donc la différence entre ce qui est mobilisable et ce qui ne l’est pas.
Les Oligarques russes, eux aussi, étaient très riches. Seulement, ils étaient également très endettés, et se sont retrouvés en crise de solvabilité.
Pour ce qui est de la guignolerie, c’est encore la chose, à l’heure actuelle, la mieux payée. Il vaut mieux, de nos jours, être parasite qu’utile.
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