Demande d'avis...
8 Janvier 2016 , Rédigé par Patrick REYMOND Publié dans #Energie
Un lecteur m'a demandé mon avis sur un article de Lugan, concernant l'Afrique et le pic pétrolier.
"La seconde est structurelle. Elle découle du fait que, contrairement aux prévisions alarmistes, il y a en réalité du pétrole partout dans le monde et les progrès constants de la technologie permettent de l’extraire à des profondeurs de plus en plus grandes. Sans parler naturellement de l’arrivée du pétrole de roche américain."
Il existe un tas de gens qui ne savent même pas dans quel monde ils vivent. Ils ne comprennent pas l'économie capitaliste et sont influencés par des biais et des croyances. Soyons clairs et basiques, donc.
On consomme environ 90 millions de barils/jour, et on en produit un peu plus. C'est ce "un peu plus", de l'ordre de 2 millions de Barils /jour, qui pose problème.
Bien sûr, on en stocke. Mais contrairement à la pub d'il y a 30 ans et plus, on ne stocke pas les produits pétroliers n'importe où. Ils faut des capacités pour cela.
Dans des endroits, on a 3 mois de stocks de sécurité, dans d'autres dix jours, on peut en construire, mais c'est long, et en garder dans les pétroliers. Mais la marge était plus que réduite. En quelques jours, on arrive à la réduire à néant.
Donc, il faut vendre, à tous prix, pour se débarrasser, et amener à la hausse de la consommation. Et celle-ci a beaucoup de mal à redécoller. Chez les utilisateurs, on peut faire un peu plus de kilomètres, ou essentiellement, stocker du fioul. Mais même cette capacité, ça ne va pas chercher loin.
Donc, on se retrouve vite, de fait, en surproduction.
A cela s'ajoute, le problème des coûts.
Je rappellerais que prospection et forage, (pétrole classique) c'était (en USD) :
- 150 milliards en 2000,
- 250 milliards en 2006 (ce qui avait conduit à une légère augmentation de production),
- 763 milliards en 2014, soit 513 milliards de plus qu'en 2006, pour une augmentation de production égale à zéro,
- 595 milliards en 2015,
- 522 milliards en 2016. Logiquement, une chute de 241 milliards de USD d'investissements va provoquer A TERME une chute de production.
Le Moyen orient, en a encore sous la pédale, mais pas pour compenser une déplétion de 5 millions de barils/jour par an. Si, en plus, la guerre totale ne s'y allume pas.
Pour ce qui est de l'augmentation de la production, il est obtenu grâce à 3 choses : le système fiscal américain, le quantitative easing, le dollar. Eléments totalement in-exportables ailleurs.
Avec un déluge de USD, de l'ordre de 5000 milliards, on a pu produire aux USA 4 millions de barils /jour supplémentaires, et du gaz.
Il est clair qu'aujourd'hui, cette source de financement, à quasiment disparu. La déplétion des puits se fait en 56 à 60 ans, aux USA, gavés de subventions du gouvernement fédéral pour les puits marginaux, et un puits de pétrole de schiste, vit entre 5 et 6 ans, avec une chute de 75 % au terme des deux premières années.
Donc, s'il y a du pétrole partout, il n'est pas exploitable économiquement partout. Quand à fournir le même montant de production dans la durée, c'est impossible.
Le capitalisme est un flux d'investissements, quand il ralentit ou se retourne, c'est souvent une crise grave, voir l'effondrement.
Le gaz de schiste américain, lui, a simplement switché le charbon dans la production d'électricité. c'était le seul endroit qui pouvait absorber ces quantités plus importantes, parce qu'en électricité, il y a toujours d'énormes capacités inemployées. Choses qu'on reproche aussi au renouvelable, mais jamais au classique...
Cette quantité supplémentaire, donc, ne se renouvellera pas. Ce qui fait la faillite ou pas, des compagnies, ce sont les trésoreries, et les échéances. Il est courant aux USA de ne payer qu'aux échéances, intérêts et capital. Donc, la baisse des prix n'a un effet qu'à terme, et les capacités de production existantes, intéressent toujours quelqu'un, ce n'est qu'une histoire de prix de vente. Même si un puits de pétrole de schiste peut ne pas valoir et produire grand chose, un rachat à une compagnie faillie peut se faire à très bon compte... Après, en creuser d'autres, une fois qu'lls ne produiront plus rien, c'est un autre problème.
Il est curieux que la plupart des gens soient incapables de comprendre les mécanismes, finalement pas très complexes, du capitalisme. Et croient que ce qui vient d'arriver sera éternel. Sans investissement, pas de production. Et l'investissement est désormais trop cher. Il a été propulsé, pendant un temps, mais n'échappe pas à son manque de rentabilité. On y a mis beaucoup de pognon mais le problème, c'est qu'il n'y a plus le retour sur investissement pour que cela perdure.
Enfin, dans le contexte actuel, je vous invite à relire, revoir "Autant en emporte le vent", et aux jeunes européennes, à s'entrainer à tirer au revolver à bout portant.
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